-
Le miroir du passage
Datte: 23/03/2026, Catégories: En solitaire, Auteur: Goddess, Source: Hds
... regarde les messages qu’on lui envoie. Ils sont nombreux. Suppliants. Dociles. Mais elle ne ressent plus rien. Plus de tension dans le bas-ventre. Plus de fièvre dans le geste. Ce soir-là, elle veut quand même essayer. Un seul invité. Une femme. Belle, affirmée, plus âgée qu’elle. Elle a dit, dans son message : Je ne me soumettrai pas, mais je veux comprendre pourquoi tant le font. Élise a accepté. Curieuse. Un peu irritée. La femme entre. Elle regarde la pièce sans crainte. Elle sourit. Élise la fait asseoir, comme d’habitude. Elle ferme la porte. Et commence. Mais rien ne marche. La voix d’Élise tremble. Son regard se détourne. Ses gestes manquent de précision. La femme la regarde. Vraiment. Pas avec soumission, ni désir. Avec une lucidité nue. — Tu es fatiguée, dit-elle calmement. Élise ne répond pas. — Tu n’as pas besoin d’un témoin. Tu as besoin d’un miroir qui te résiste. Et là, tout craque. Élise tombe à genoux. Pas en offrande. En effondrement. Elle pleure. Vraiment. Pas les larmes esthétiques d’après le plaisir. Des sanglots lourds. Des spasmes incontrôlés. Elle a cru dominer le regard. Mais elle s’est enfermée dedans. Elle a voulu créer un monde. Mais elle n’en est plus que la ...
... gardienne. — Je ne sais plus qui je suis, souffle-t-elle. La femme s’agenouille en face d’elle. Ne la touche pas. Mais dit doucement : — Ce n’est pas toi qu’on veut. C’est le feu que tu fais naître. — Et s’il est éteint ? — Alors il faut redevenir flamme, pas torche. Le silence revient. Élise se sent nue. Vraiment nue. Pas dans la lumière. Pas dans la chair. Nue dans le sens d’être vue… sans pouvoir. Et c’est ça, la vraie peur. Pas de ne plus exciter. Mais de ne plus se reconnaître. Elle se lève. Tremblante. Elle n’ouvre pas la porte. Elle la pousse. Et sort. Pas un mot de plus. Pas un regard. Cette nuit, elle ne rentre pas chez elle. Elle marche. Longtemps. Jusqu’au passage. Le vrai. Sous le métro. Le miroir est toujours là. Sale. Fendu. Fatigué. Elle s’y regarde. Et ne voit rien. Rien qu’un corps. Un visage. Un vide. Alors elle fait un geste qu’elle n’avait jamais osé. Elle frappe. Le miroir. Une fois. Deux. Jusqu’à ce qu’il cède. Jusqu’à ce que l’éclat tombe. Elle se coupe la main. Le sang coule. Rouge, vivant. Et dans cette douleur… elle se retrouve. Pas toute. Mais une partie. Elle s’assoit, nue dans la pluie, au milieu des éclats. Et pour la première fois depuis longtemps, elle ne joue plus.