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Le miroir du passage
Datte: 23/03/2026, Catégories: En solitaire, Auteur: Goddess, Source: Hds
Titre : Le miroir du passage Dans la journée, Élise est presque invisible. Elle parle peu. Une voix douce, presque effacée, souvent étouffée par les rires plus sûrs, les gestes plus larges des autres. Ses collègues la saluent avec un sourire poli, souvent distrait, oubliant qu’elle était dans la pièce dès qu’ils tournent les talons. Elle ne s’en offusque pas. Elle a l’habitude. Mais dès que le soleil glisse derrière les immeubles, elle change de peau. Son petit studio sent le parfum au musc et au lilas quand elle ouvre l’armoire. Elle retire avec lenteur les couches sages de la journée – cardigan beige, pantalon droit, chemisier fermé jusqu’au cou – pour découvrir ce qu’elle a préparé en silence. Une jupe noire, à peine plus longue qu’un souffle. Un crop top transparent qui révèle plus qu’il ne cache. Un soutien-gorge en dentelle prune, délicat, presque théâtral dans sa provocation maîtrisée. Devant le miroir, elle hésite toujours une seconde. Non pas par peur, mais par plaisir. Ce bref instant où elle doute encore, avant de devenir celle qu’on regarde. Dans les rues, elle marche lentement. Pas pour se faire remarquer. Non. Pour offrir le contraste, cette dissonance étrange entre sa démarche timide, presque nerveuse, et ce corps habillé pour troubler. Les regards s’accrochent. Certains curieux, d’autres clairement avides. Elle baisse les yeux, comme une proie... mais elle le sait : c’est elle qui contrôle. Il y a ce passage sous le métro aérien. Un ...
... lieu presque abandonné à la nuit. Parfois, elle s’y arrête. Un vieux miroir cassé y est resté, fixé à un mur tagué, vestige d’un bar disparu. Ce soir-là, elle le rejoint. Elle se place face à son reflet. Elle le sait : un ou deux silhouettes rôdent toujours, dissimulées dans l’ombre. Elle ne les voit pas. Mais elle les sent. Alors, sans un mot, elle joue. Elle soulève doucement le bord de sa jupe, à peine. Juste assez. Le reflet de la dentelle noire, tendue sur sa hanche pâle, éclaire l’obscurité. Elle n’ose pas lever les yeux. Pas encore. Le cœur battant. Un mélange de honte et de feu, d’envie et de panique douce. Puis elle tourne les talons, doucement, et s’éloigne. Sans jamais savoir – ou feignant de ne pas savoir – ce qu’elle a laissé derrière elle. Le miroir du passage – Partie 2 : Les yeux invisibles Le lendemain, Élise revint au bureau comme si de rien n’était. Son visage pâle était à peine maquillé, ses cheveux attachés avec soin, un tailleur gris effaçait toute trace de la nuit précédente. Quand elle parlait, c’était avec cette douceur presque inaudible, cette réserve qui faisait qu’on lui demandait parfois deux fois ce qu’elle avait dit. Mais elle y repensait. Tout le jour. Au regard qu’elle ne voyait pas, mais qui était là. Aux frissons sur sa peau quand elle avait levé le tissu, à cette manière dont le silence autour d’elle avait changé, chargé de tension. Elle avait quitté le passage tremblante — mais pas de peur. Cette nuit-là, ...