1. Le miroir du passage


    Datte: 23/03/2026, Catégories: En solitaire, Auteur: Goddess, Source: Hds

    ... Les souffles étaient courts. L’air était électrique.
    
    Alors Élise fit le seul geste qu’elle connaissait. Elle ouvrit lentement son manteau.
    
    Le tissu trempé s’écarta, dévoilant son corps nu, offert à la pluie, à la nuit, à eux. Sa peau frissonnait. Elle ne tremblait pas de froid, mais de tension. D’orgueil. De peur, peut-être. Mais elle ne s’arrêtait pas.
    
    La femme fit un pas en avant.
    
    Puis un autre.
    
    Elle ne disait rien. Mais dans ses yeux, Élise lut autre chose. Pas du jugement. Pas du désir brut. Une sorte de compréhension. Une reconnaissance. Comme si elle aussi connaissait cette ligne entre la pudeur extrême et la violence de s’en affranchir.
    
    Alors Élise lâcha son manteau. Il tomba dans une flaque noire.
    
    Elle était nue, vulnérable, mais étrangement invincible. Et pour la première fois... elle n’avait plus besoin du miroir. Elle ne voulait plus juste être vue. Elle voulait être vue pour ce qu’elle était vraiment. Toute entière. Plus seulement une image.
    
    La femme tendit la main.
    
    Et Élise, cette fois, la prit.
    
    Le miroir du passage – Partie 5 : L’après
    
    La pluie a cessé.
    
    Mais Élise ne rentre pas tout de suite.
    
    Elle marche, le manteau encore mouillé entre les doigts, traînant comme une mue trop lourde. La main de la femme est encore dans la sienne. Chaude. Présente. Elle ne sait rien d’elle, pas même son nom, mais ce n’est pas important. Elle sait ce regard. Ce besoin. Cette frontière invisible entre la terreur d’être vue et le vertige de ...
    ... l’être enfin.
    
    Elles ne parlent pas. Elles n’ont pas besoin de mots.
    
    Leur silence est doux, plein de respect.
    
    Quand elles arrivent devant l’immeuble d’Élise, celle-ci hésite. Le hall vide, le couloir tiède, l’ascenseur au miroir banal… tout lui semble soudain trop étroit. Elle ne veut pas enfermer cette nuit dans ses murs blancs. Elle a peur qu’en refermant la porte, tout disparaisse. Que le feu retombe.
    
    Mais la femme pose doucement la main sur son bras, et la regarde. Et dans ce regard, Élise lit ce qu’elle n’avait pas osé espérer : tu n’es plus seule.
    
    Alors elle ouvre.
    
    Monte l’escalier.
    
    Ouvre la porte de son studio.
    
    Le parfum de musc et de lilas est encore là. Mélangé à l’odeur de pluie sur leur peau.
    
    Élise allume une seule lampe. Une lumière chaude. Rasante. Elle ne dit rien. Elle n’ose pas.
    
    Elle retire son manteau. Lentement. Elle est toujours nue. Fragile. Mais elle ne tremble pas.
    
    La femme la regarde, simplement. Sans appétit. Sans conquête. Comme on regarde une vérité qu’on reconnaît enfin. Puis elle s’approche, lentement, comme pour ne pas effrayer une bête magnifique. Ses doigts viennent frôler la clavicule d’Élise, puis s’arrêtent.
    
    — C’est toi, dit-elle. Juste ça.
    
    Élise ferme les yeux.
    
    C’est la première fois qu’on la voit vraiment.
    
    Et pour la première fois, elle s’autorise à être touchée.
    
    Pas comme un corps à conquérir.
    
    Mais comme une peau à comprendre.
    
    Cette nuit-là, le miroir ne lui manque pas.
    
    Elle n’a plus ...
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