1. Le miroir du passage


    Datte: 23/03/2026, Catégories: En solitaire, Auteur: Goddess, Source: Hds

    ... son manteau sans le regarder.
    
    Le tissu glissa de ses épaules, tomba à ses pieds. Le vent nocturne frôla sa peau nue, et elle en frissonna, les yeux fixés dans le miroir. Sa robe courte montait à chaque souffle, et elle ne fit rien pour la retenir. Son reflet était celui d’une femme offerte à la lumière, mais dont le regard restait bas, fuyant. Éperdument timide.
    
    Puis elle leva les yeux. Pas vers lui. Vers son propre reflet.
    
    Elle vit alors, dans la vitre fêlée, son regard à lui. Il ne la dévorait pas. Il la découvrait. Lentement. Comme on découvre un secret trop fragile pour être touché.
    
    Elle tourna enfin la tête. Leurs regards se croisèrent.
    
    Un instant suspendu. Le temps, comme figé.
    
    Et lui… s’agenouilla.
    
    Pas un mot. Rien d'agressif. Juste une offrande de silence. Une manière de dire je ne viens pas prendre, je suis là pour voir ce que tu choisis de me donner.
    
    Elle s’approcha. Lentement. La robe effleurant le haut de ses cuisses.
    
    Arrivée à sa hauteur, elle tendit la main. Tremblante. Il ne bougea pas. Puis elle effleura ses cheveux du bout des doigts. Un geste tendre. Incroyablement intime, malgré la nudité.
    
    Et elle dit, dans un souffle à peine audible :
    
    — Ne me touche pas.
    
    Il hocha la tête.
    
    Elle se pencha, murmura à son oreille :
    
    — Mais regarde-moi. Jusqu’au bout.
    
    Puis elle recula, doucement. Ramassa son manteau. Remit la robe en place, sans hâte. Et repartit.
    
    Cette nuit-là, elle ne rentra pas tremblante.
    
    Elle rentra ...
    ... brûlante.
    
    Vivante.
    
    Dévoilée, mais jamais vaincue.
    
    Le miroir du passage – Partie 4 : Le basculement
    
    Il pleuvait fort cette nuit-là.
    
    Pas le petit crachin discret des autres soirs, non. Une pluie lourde, qui frappe le bitume avec une obstination rageuse. Le genre de pluie qui lave, ou qui emporte.
    
    Élise avait hésité.
    
    Tout son corps était contre l’idée d’y aller. Trop visible, trop dangereux, trop... réel. Pourtant, elle y pensait depuis deux jours, depuis cette nuit où l’homme s’était agenouillé devant elle, sans un mot. Elle avait cru maîtriser ce moment. Elle l’avait voulu silencieux, symbolique, distant.
    
    Mais quelque chose s’était réveillé.
    
    Un regard qui restait en elle, même après qu’elle avait claqué la porte de son appartement.
    
    Une présence invisible dans son lit, sur sa peau.
    
    Un feu.
    
    Ce soir, elle n’avait rien mis sous son imperméable noir. Rien.
    
    Elle marchait nue, le cœur battant, l’eau ruisselant déjà sur ses cuisses quand elle atteignit le passage. Le miroir semblait se dissoudre dans la brume. L’homme était là.
    
    Mais pas seul.
    
    Une deuxième silhouette. Une femme. Jeune, elle aussi. Vêtue simplement. Pas provocante. Juste... curieuse. Élise sentit un vertige. C’était son lieu. Son jeu. Elle voulut faire demi-tour. Partir. Redevenir invisible.
    
    Mais ses jambes la trahirent. Elle avança.
    
    Elle s’arrêta à quelques mètres d’eux. L’homme l’avait vue. La femme aussi. Personne ne parlait. L’eau ruisselait sur les visages et les cils. ...
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