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Le père Noël existe
Datte: 07/02/2026, Catégories: #drame, #nostalgie, vacances, amour, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... blanc et ses doigts de pieds ne dépassent plus. Je n’ai jamais compris comment mes cheveux font des nœuds quand je dors. Tous les matins, maman doit me les brosser pour les enlever. J’aime bien, elle a les mains douces. François ne sait pas faire, je dois lui apprendre : — Pas avec le peigne, grand nigaud, avec la brosse… Aïe, va doucement ! Maintenant, il ne rouspète plus quand je lui tends la brosse, et ne me tire plus beaucoup les cheveux. Mon frère, c’est le plus fort. Je joue souvent avec le poupon que j’ai eu pour mon anniversaire quand j’étais petite, mais je suis grande, j’aimerai une vraie poupée avec une belle robe. François me prête ses cahiers et ses livres, il m’apprend à lire et à écrire, je m’applique comme s’il était le maître. Il a l’air tellement sérieux. Nous écoutons aussi la radio, sur le grand poste TSF posé sur le buffet. Souvent, des messieurs parlent, je ne comprends pas ce qu’ils disent, je me souviens que papa se mettait en colère si nous faisions du bruit à ce moment-là : — Chut ! Taisez-vous. Je veux écouter les informations. Ce devait être important, car maman aussi écoutait sans rien dire. Maintenant, je peux faire ce que je veux, écouter ce que je veux. Je chante en entendant la musique, sans connaître les paroles, je fais « La, la, la » en riant. La dame qui chante avec une drôle de voix me donne toujours envie de danser, maman m’a dit qu’elle dansait avec une ceinture de bananes, quelle idée ! Je me demande si ...
... c’est vrai, ou si maman me faisait une blague. François, lui, joue tout le temps avec les boutons, ça fait des crouik, des crack, ça vibre, m’empêchant de bien entendre. Un jour, nous nous sommes disputés, je voulais écouter le monsieur dont la voix me berçait, il chantait bien, j’imaginais que c’était lui mon papa. François est parti bouder dans la chambre. Un moment après, il est revenu avec un grand sourire, il portait un panier de figues qu’il venait de chaparder dans le jardin du curé. C’est pas bien de voler, mais elles étaient si bonnes que je n’ai rien dit. Et puis le curé n’est pas gentil, il garde tout pour lui, il ne nous en a jamais donné. Avec François, je ne risque rien, je sais qu’il me défendra toujours. S’il pouvait ne plus jouer avec les boutons du poste. — --oOo--- Noël approchait, François est allé dans la forêt chercher des branches de sapin qu’il plaça devant la cheminée en bougonnant : — Pfff ! Ça ne sert à rien, le père Noël n’existe pas. — Si, il existe, dis-je en tapant du pied. T’es comme papa, t’y connais rien. Sentant les larmes qui me venaient aux yeux, il rajouta : — Cette année, comment pourrait-il nous trouver ? — Il a reçu notre lettre, mais il ne nous trouvera pas si nous n’avons pas de sapin, lui dis-je un sanglot dans la voix. Nous avons décoré les branches avec les guirlandes, et posé nos chaussons devant la cheminée dont le feu était éteint depuis deux jours, nous n’avions plus de bois. Blottis dans les bras l’un ...