1. Le père Noël existe


    Datte: 07/02/2026, Catégories: #drame, #nostalgie, vacances, amour, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    Les feuilles commençaient à tomber. Ce n’était pas encore l’hiver, mais il faisait froid en cette fin d’année 1926, très froid. Quelques jours après la rentrée des classes, les rues du village ont gelé, tout était blanc.
    
    Pour mon premier jour d’école, maman m’avait acheté un cartable et une belle trousse pleine de crayons de couleur. Fière avec la blouse qu’elle m’avait cousue et une paire de chaussures neuves, je serrais fort sa main quand elle m’a accompagnée. À la récréation, la maîtresse m’a grondée pour avoir fait des glissades dans la cour avec mes copines, dommage, c’était amusant. Je n’ai rien dit à maman quand elle est venue me chercher, la maîtresse non plus n’a rien dit. Elle est gentille, ma maîtresse.
    
    Pour nous chauffer, on nous a distribué du bois à la fin des petites vacances, celles où maman va au cimetière derrière l’église porter des fleurs. On aurait pu avoir des boulets de charbon, mais on n’a pas de poêle, et puis la poussière salit les doigts et me fait éternuer. Je préfère regarder les flammes quand le bois brûle dans la cheminée.
    
    L’avantage des vacances, c’est qu’on peut dormir plus longtemps. Ce matin, je n’avais pas besoin de me lever tôt, mais en me réveillant, je tremble encore des cris entendus cette nuit. Quand papa est rentré, il avait trop bu, comme tous les soirs. Je ne comprenais pas ce qu’il disait à maman, il criait. Il me fait toujours peur quand il crie. Après, j’ai entendu les cris de maman, comme à chaque fois qu’il lui tape ...
    ... dessus. Je me suis mise sous les couvertures, les mains sur les oreilles pour ne plus les entendre. Le silence revenu, j’ai eu du mal à me rendormir.
    
    Avant de me recoucher, après être allé faire pipi, je regarde par la fenêtre de la chambre que je partage avec François, mon grand frère. Tout est calme, plongé dans un épais brouillard, je vois à peine le chemin de terre qui mène au petit-bois.
    
    La porte d’entrée qui claque me fait sursauter. Des bruits de pas sur le gravier à peine recouverts de feuilles mortes, je vois maman une petite valise à la main. Elle part tôt au marché ce matin, mais pourquoi n’a-t-elle pas son cabas comme les autres jours, et pourquoi a-t-elle mis sa robe et son chapeau du dimanche pour aller en course ? Arrivée au portail, elle a l’habitude de se retourner pour me faire un petit signe de la main… Tiens, pourquoi ne se retourne-t-elle pas aujourd’hui ?
    
    Elle est belle maman. Je la regarde s’enfoncer dans le brouillard qui rapidement la cache à ma vue.
    
    Dans le lit à côté du mien, François dort encore. Comme tous les jours, il va se réveiller le dernier, à douze ans, quel feignant !
    
    Et papa ? Il est dans sa chambre. J’entends d’ici ses ronflements.
    
    Maintenant que je suis debout, j’ai plus sommeil. Je vais dans la cuisine, préparer notre chocolat et le café pour papa, une vraie petite femme, comme dirait maman.
    
    Je secoue François pour qu’il vienne déjeuner avec moi, il râle pour le principe, mais il boit son bol avec un grand sourire. ...
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