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Le père Noël existe
Datte: 07/02/2026, Catégories: #drame, #nostalgie, vacances, amour, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... belle étoile que maman posait tout en haut de l’arbre. Toutes cassées, sauf une, que je cache sous mon oreiller pendant que François court se cacher dans le jardin ! Quelques jours plus tard, depuis mon poste d’observation, je vois arriver des messieurs l’air sérieux. C’est qui ? Je me cache derrière les rideaux pour qu’ils ne me voient pas : — Madame Michaud, vous êtes là ? Pas de réponse. Bien sûr, maman n’est toujours pas revenue de courses, mais ils ne le savent pas. — Madame, votre mari a eu un accident sur le chantier, venez vite… c’est grave. Papa n’est pas rentré ce soir-là. La dame de l’épicerie m’a dit qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à l’église, et que, maintenant, papa était là où il y a toutes les croix. Je n’ai pas bien compris. Le soir, François m’explique que papa dort pour toujours. À la tombée de la nuit, il m’emmène derrière l’église pour me montrer. Il me tient par la main, j’ai peur au milieu de toutes les tombes. Sur une croix, il lit « Joseph Michaud, 10 novembre 1926 ». Papa dort là, mais il ne ronfle plus. C’est à ce moment-là que je réalise qu’il est mort, même pas triste. Si j’avais pu choisir mon papa, ce n’est pas celui-là que j’aurais choisi. Maintenant, nous voilà seuls. Nous nous serrons l’un contre l’autre, sans pleurer. — --oOo--- Un jour, deux dames bien habillées sont venues à la maison, elles ont tapé sur la porte en nous appelant : — Ouvrez, les enfants… Nous savons que vous êtes là… Vous ne pouvez ...
... pas rester seuls, il faut retourner à l’école. Elles avaient l’air gentilles, mais maman nous a toujours dit de ne pas ouvrir à des inconnus. Nous nous sommes cachés sous notre lit en tremblant : — Si vous ne voulez pas ouvrir, nous reviendrons avec les gendarmes. Et elles sont parties. Fallait pas nous faire voir, je n’osais plus aller à l’épicerie ; comment allions-nous manger ? François est sorti à la tombée de la nuit, il a trouvé des œufs dans le poulailler du voisin, j’ai pu faire une grosse omelette. Le lendemain, les dames sont revenues avec deux gendarmes. Ils ont tambouriné longtemps sur la porte, nous appelant d’une grosse voix : — Au nom de la loi, ouvrez. — … — Votre père est mort, nous savons que votre mère est partie… Vous ne pouvez pas rester seuls. — … — Les dames de l’Assistance vont entrer vous chercher… Soyez sage. J’ai murmuré à François : — Tu crois qu’ils veulent nous emmener en prison ? — Oui, sûrement. — Je veux pas aller en prison, viens. Nous sommes sortis par-derrière pendant qu’ils entraient par la porte restée ouverte : — Les enfants, vous êtes là ? Nous nous sommes faufilés dans le jardin, pour monter dans l’arbre qui nous sert de terrain de jeux. Ils étaient dans la maison. Je les voyais par la fenêtre, dans la salle du bas, dans la chambre de papa et maman, dans notre chambre. Ils ont fait le tour du jardin, nous osions à peine respirer. Ils n’étaient pas contents de ne pas nous trouver : — Personne… Où ...