1. Brindilles


    Datte: 31/01/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... l’entreprise de cette jeune linguiste ne fut pas parcourue à pas de parisien énervé, mais en flâneuse de signes, en indolente suspension, en interrogation, en exclamation, entre parenthèses et guillemets, je me devais d’adapter le souffle juste, de ne point soulever ma poitrine quand il fallait seulement que le souffle soit une brise, limpide et fluide comme une source tranquille. La virgule seyait à mon corps, mais écoutons, une dernière fois, cette sensuelle linguiste.
    
    La virgule, comme nous venons de l’évoquer, représente une pause orale et respiratoire de courte durée. Outre cette notion de pause, la virgule a elle aussi quelque chose de mélodique… Et elle parle du point d’interrogation qui endosse alors le rôle d’un « silence éloquent ». Et l’on sait le pouvoir de signification du silence ! ou bien encore : Qu’elle soit capricieuse, effrénée ou apaisée, le souffle des phrases est tour à tour mû d’une nouvelle impulsion, décalé par rapport à la pensée, établi sur plusieurs couches de récit, se dédouble et se superpose, s’accélère, ralentit, et se coupe, puisque tout a une fin.
    
    Non, mesdames, cette jeune femme parle de nous, de notre bouche, de notre corps, voilà le message. Que je finisse ma longue soirée en quelques chapitres de JMG Le Clézio et son roman rimbaldien, ou que je sois emportée de Genève à Hossegor dans les lettres de François à Anne, j’oubliais parfois, je l’avoue, que c’était naturellement que les petits signes cabalistiques me laissaient le corps sans empressement, que je ne suffoquais point, et c’était leur faire bel hommage, je crois, que de rendre invisible cette accroche, cette brindille que la ponctuation est au livre. Discrète, presque translucide, passagère nocturne et d’utilité publique.
    
    Je flânais dans un livre comme dans les rues de ma ville.
«12345»