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Brindilles
Datte: 31/01/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
C’est à peine si l’automne ose pointer le bout de son nez tant le soleil de septembre occupe le terrain. Ce n’est pas sans questionnements que l’on part le matin, habillée de surplus militaire, d’un foulard enroulé autour du cou, de boots qui vous enserrent les chevilles, et qu’au soleil émergeant de quinze heures on se voudrait presque nue tant la vapeur s’insinue entre la peau et les étoffes. Ce n’est rien que le soleil qui fait monter la chaleur, qui la répand. Vous me retrouvez après un rude été, et vous qui me suivez, qui vous languissez de moi, je vous vois venir un tantinet suspicieux, moqueur, arrogant peut-être ; cette fille nous fait son bla-bla, pensez-vous. Cette fille veut jouer de la composition chimique du tissu sur sa peau, arguant que semblablement à toutes les autres, elle n’a chaud que par l’ardeur de cet étirement de l’été. Eh bien oui, ne vous en déplaise ou ne vous en plaise, mon désir est encore endormi. Je suis un peu tendue, un peu frémissante de me savoir vaporeuse. Alors, courez par les rues de la ville pour m’y suivre ou m’y poursuivre, faites le guet ou le voyeur, vous vous y perdrez en conjectures, mon corps n’a chaud que par la force de l’astre perché à quelques milliards d’années-lumière au-dessus de nos têtes. Tout aussi bien, le début d’après-midi pouvait me pousser hors du bureau où je travaille, pour me retrouver dans une cabine d’essayage où, pour simple et unique tissu, je passerai une robe demi-saison à petites fleurs, de ...
... celles que l’arrivée de la collection hiver n’aurait pas éclipsées, mais en somme, je n’en ferais rien. Je me laisserai glisser dans une feinte langueur, dans les transats sur le toit en terrasse, accompagnée d’un café long et d’un texte tout à fait à mon goût – une de ces petites perles confidentielles, parue aux Presses universitaires et dont l’auteure gagnerait à être connue. Mais peut-être l’est-elle, peut-être enseigne t’elle l’art de la ponctuation enfin tout au moins ses règles son histoire mais si je m’en délecte bien plus que de la mission professionnelle qui m’échoie c’est que de longue date ce me semble la respiration le rythme que ponctuent les signes presque cabalistiques qui conduisent un texte et ne sont en fait que ceux-là mêmes qui nous laissent en vie loin de l’apnée fatale qui nous occirait s’ils n’étaient point de notre syntaxe. J’en veux pour preuve cette tirade inhumaine qui précède, et qui aura bien ôté la vie à quelques lecteurs-correcteurs par trop disciplinés. Donc foin de prêchi-prêcha, j’opte sans réserve pour l’accent, la parenthèse, la virgule et parfois le point qui l’écrase ; les deux points superposés ne sont pas plus mes ennemis que ceux plus alanguis que sont les points de suspension. Les points de suspension, enfin, peuvent indiquer une interruption brutale et non elliptique que l’on appelait anciennement le « style coupé ». C’est ce qui arrive lorsque, dans une conversation, les deux personnages en présence s’interrompent tour à tour, ou ...