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Brindilles
Datte: 31/01/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
... bien lorsqu’un seul protagoniste s’interrompt lui-même en passant d’une idée à une autre sans autre forme de procès et sans transition. Quand je les pense alanguis, elle les voit brutaux. Je me rallierai à cet avis, si peu qu’attablées en quelque chic café parisien ou berlinois, je suis intrinsèquement européenne, nous conversions elle et moi sur le phonème et sa musicalité, sur le signe et sa velléité de changer l’approche des choses, la vision du monde. Or, durant cette pause singulière, et bien après d’ailleurs, si mes confrères et consœurs eussent été moins préoccupés de savoir qui baise qui, je leur aurais bien causé un peu de cette Marianne.B, qui entre nous, élève le signe bien au-delà de la platitude des conversations de réfectoire, bien à l’aplomb des salacités et autres histoires de soirées entre filles, de football ou de véganisme-terrorisme. Bref, je ne sortis donc point m’alléger de quelques tissus d’été, et laissai le friselis filer de mes aisselles, et mon tee-shirt s’humecter au bas du dos. Et puis, je me dois à la franchise absolue, et non sans un brin d’outrecuidance, ou de vantardise, ou simplement en bonne et naturelle praticienne, je puis dire, que reprendre souffle et cajoler le cœur, je sais faire ; il en va de certains actes dits buccaux, comme de la lecture ; ainsi la respiration maîtrisée assurera-t-elle, à qui s’en préoccupe, une longévité non négligeable et le plaisir qui va avec. Je puis bien sûr, et sans détourner l’œuvre de cette ...
... jeune linguiste, rapporter ici son étude et l’appliquer sans mal à l’acte buccal – mais la lecture en est un que l’on dit noble – à toute forme musculaire et mobile de la bouche, de la langue et des mécanismes enchaînés qui s’ensuivent. D’emblée, mes amis, soyons clairs ; que ce que je rapporte là vous paraisse par trop abstrus, ou que cela vous ennuyât, et là je ne vous garantis pas de vous compter encore parmi mes sujets, car fus-je un tantinet en deçà des écrits de cette Marianne.B que sur le champ elle hurlerait aux loups, et m’assènerait sèchement le couperet de la propriété intellectuelle, me viderait d’un coup d’un seul un compte en banque plutôt outré. Ainsi donc, chaque jour de temps clément, je m’allais là, le mémoire de Marianne.B sous le bras, la tasse de café à l’index, et me plongeais avec ardeur dans le champ lexical de ma pause déjeuner. Devant Michon, devant Le Clézio, à quelques encablures de Stendhal, à l’égal de Zweig, il y avait désormais Marianne.B, dont j’apprendrais plus tard qu’un ouvrage sur la copie allait paraître aux mêmes Presses universitaires. J’en réservais d’ores et déjà un deuxième exemplaire, par peur d’en perdre le premier et que pas même une âme parisienne bonne n’eut l’heur de le déposer dans un geste humain aux Objets trouvés de la rue des Morillons. Donc, deux exemplaires. Le soir et sa petite fraîcheur étaient là, et moi sur un banc des bords de Seine, jusqu’à la lune pleine entre les immeubles bleus de nuit, je lisais à la petite ...