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Brindilles
Datte: 31/01/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
... suis un corps lointain, mais vous le savez, une trêve n’est rien d’autre qu’une manière de mieux renaître, alors, qu’on m’attende, qu’on me repère, me suive ou me piste, on me trouvera, on me retrouvera. Je ne suis jamais bien loin, Paris est un village où l’on s’égare à peine ; semblablement au chat, nous affectionnons les mêmes quartiers, les mêmes impasses. Les parcs que la nuit anime parfois m’ont connue plus vive qu’en cette fin de saison ; est-ce du froid rude dont mon corps se réjouit, est-ce accumulé en lui que renaît une onde chaude qui passe au-delà des chutes du mercure et donne aux hommes de quoi tenir un soir, une nuit, une saison dans une forme solaire d’énergie ? Je ne saurais dire ce qu’il en est des énergies du corps, mais il en est tout simplement certaines qui me font courir la ville, braver les peurs, et laisser aux hommes la marque indélébile du don de soi. Du désir assouvi. Pour l’heure, mes yeux se brouillent – sans doute quelques verres correcteurs les rendraient plus aptes à la tâche – je quitte le banc et le halo lunaire. Dans ma besace chic, je glisse l’ouvrage de Marianne.B, mon amie, mon cicérone orthotypo ; je foule le pavé et m’en retourne pedibus-jambus jusqu’à ma ruelle Santos-Dumont, même si je n’ai pas relevé le défi en aérostat, comme le fit celui dont elle porte le nom. Certains décollent, d’autres font s’envoler. Je suis marcheuse, car je souffre rarement du temps qu’il fait. L’intempérie et l’intemporel sont mes compagnons de ...
... route. Si je considère l’espace de la ville comme une nature à part entière, alors oui je peux errer autant de ma rêverie urbaine que par mes jambes qui gardent la souplesse et s’irriguent d’une énergie qui me fait parcourir les rues à toute heure. Je garde en mémoire mes sorties dans les lieux sombres de la ville, comme je garde en kaléidoscope cette petite foule qui se hâtait en fourmis alignées, chacune attendant son instant ; qui se désapant pour se montrer, qui forçant avec rage derrière ou devant, avant de filer comme un couard. Des reîtres perdaient leur sang-froid. Certains se tapissaient en spectateurs anonymes quand d’autres se gaussaient d’être heureux élus, tout comme si j’étais exclusive quand je me savais altermondialiste, je suis dans le mouvement des mouvements – au sens littéral, oui je régule l’organisation du monde, qu’on me garde en lice pour un Nobel de la paix, derrière Greta Thunberg ne serait pas pour me déplaire. C’est la ville que j’avais connue et que j’aspirais à retrouver. Mais cette saison finissant me laissait en marcheuse sage, en flâneuse campagnarde, en poétesse des brindilles. Dans mon grand sac de toile, le mémoire de Marianne.B attendait à nouveau son heure ; demain, ma pause-café sur les hauteurs du bâtiment me verrait en transat, une petite clope presque éteinte à mes lèvres sans fard ; j’allais ne pas en achever la lecture, car je voulais donner à son rythme celui d’une lectrice respectueuse, d’une baladeuse de la ponctuation, et que ...