-
Brindilles
Datte: 31/01/2026, Catégories: f, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe
... torche l’œuvre de Marianne.B. non loin de moi, un couple lançait la fumée de leur cigare dans l’air. Je peux considérer les ponts, les avenues, les pavés, aussi, les milliers de tonnes d’acier qui font le soutènement des ponts, l’asphalte rugueux qui fait les avenues, les pavés qui rendent nos talons instables, je peux dans les composants de la ville, trouver une poésie, une nature presque. Ici, un taillis de pylônes comme une trochée gigantesque de peupliers, là un alignement de piles qui sans peine semble-t-il, portent un pont, et ailleurs ces baies fumées de larges vitres où l’on ne voit pas fourmiller hommes et femmes affairés à des tâches saugrenues, inutiles ou inventées, pour faire passer nos vies d’hommes hors du plaisir. Il se pourrait que la ville, indépendante, autonome dans ses artères, dans ses veines linéaires, dans ses flux souterrains, il se pourrait qu’elle compose un être vivant, un être qui respire ou un qui suffoque sous le halot des gaz d’échappement, haletant sous une chaleur trop rude encore pour cette fin de saison. La ville est un ventre, un cœur qui souffle et s’essouffle, qui vire ou qui chavire, qui traverse l’espace à grande vitesse ou qui suspend son agitation semblablement à la respiration du lecteur, qui va au gré des mots au rythme de la ponctuation. Marianne.B nous invite à nous pencher sur nos vies, de regret et de nostalgie. Les points de suspension laissent aussi une pause (de la même ampleur), mais le côté catégorique de la ...
... séparation avec la phrase achevée se transforme avec ce signe en une forme de regret ou de nostalgie. Je ne me sens pas seulement dans cette fin d’été, j’appréhende, de l’épiderme au derme, la fin d’une saison. Les feuilles d’arbres jaunissent, le vent doux fraîchit à la petite soirée. La chaleur tente sa survie, mais meurt au soir, car le temps est bientôt venu de délaisser le rude soleil, comme on remise les tissus volants, pour les laines, les soies et le cuir épais. Si pourtant les terrasses jouent les prolongations, moins de jambes nues s’y osent, quelques hommes cherchent encore la chair et, désespérément presque, accrochent leur regard comme un lampion essoufflé, aux échancrures un peu lâches, aux entêtées de la jupe courte, aux stakhanovistes de la séduction. Si l’on mesurait le degré du désir comme on mesure celui des émotions, les sismographes seraient en perpétuelles oscillations. Depuis quelque temps je n’ai plus l’âme à fléchir sous les pics du désir ; non pas qu’il s’endorme aux prémices de la saison froide, mais il semble que mon corps cherche de lui-même une période transitoire. Que mon œil soit en moindre aptitude à repérer illico sous le renflement d’un pantalon, un sexe qui battrait, un qui chercherait une bouche, un qui laisserait paraître sous l’écrin une tête huileuse prête à s’insinuer. Dire que je n’y pense pas ne serait que duperie à vos yeux et aux miens, mais je ne ressens pas l’envie, pas ce désir-là. Non, je ne suis pas un corps éteint, je ...