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Bijou bijou : prose entre les strophes
Datte: 17/03/2025, Catégories: f, fh, amour, nopéné, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe
... n’ai jamais renouvelé ma garde-robe et toutes mes chemises sont fatiguées, usées. Comme si j’habillais un clochard. Bijou, bijou. Pense à tes rendez-vous. Rappeler le gynéco, passer à la banque prendre des sous. Trouver quelqu’un d’autre, moi j’mets les bouts. Je connais tout de la vie de Bijou. Nous nous disons tout. Je sais qu’elle croit que Luc lui a donné une MST, je sais qu’elle veut moins utiliser sa carte bleue, payer plus souvent cash, car elle souhaite être moins suivie par les banques, le gouvernement, tout ça. Sans être paranoïaque, Bijou elle seulement prudente. Je sais tout d’elle, comment elle réfléchit, ses aspirations, ses intuitions, comment elle agit… Mais c’est fini et j’en suis désolé. Bijou, bijou. J’pourrai pas t’dire au revoir c’matin j’ai pas le bon bout. Je suis encore tout retourné de la veille. Elle pourra toujours me surprendre, en fait. Mais ce matin, je finis mon café et je file. C’est tout. Dans ma rétine est inscrite une image, une suite d’images, une kyrielle d’émotions qui m’incite à rendre décision. Je termine le café, regarde dehors, encore, et me perds. Putain ce que t’as été belle, quand tu t’es mis à genoux. Je ne m’y attendais pas. Hier soir. Nous sommes rentrés des courses, ensemble, nous racontant nos journées, rigolant des anecdotes de l’un, philosophant sur la réflexion de l’autre. Nous avions prévu passer la soirée ensemble, à nous concocter des plats sophistiqués qui pouvaient être soit complètement ratés, ...
... soit parfaitement réussis, à boire du vin, à discuter encore et encore sans être revenu sur l’épisode de la salle de bain. C’est ce que nous avons fait, tout en improvisant le plat, car au final, il nous manquait des ingrédients. La gestion de la cuisine, nous la partagions, la vaisselle aussi, tout était propre ! Nous faisions des pas de danse entre le comptoir et le four, riant des regards étranges que le chat nous lançait, tout en discutant de pièces de théâtre, de musique ou de social, puis mettant une pincée de sel en fin de cuisson. Nous avons causé tout le long du repas, avons ouvert une autre bouteille, nous sommes retrouvés au salon, les cendriers pleins, à déguster le vin rouge et le chocolat noir. Bijou a dit mon nom : — Pourquoi il n’y a qu’avec toi que je me sens toujours bien ? — Parce qu’on se connaît depuis toujours ? — Oui, mais… Elle m’a dit avoir rompu avec Luc, qu’elle se sentait soulagée, elle se demandait si elle n’avait pas raté quelque chose depuis qu’elle était avec lui, trop de questions ! Mais avec moi, ça allait de soi, et… elle a redit mon nom… tu sais… depuis que tu m’as vu, dans la salle de bain… je, je pense à toi… — Bijou, arrête… — Non, toi arrête… ne bouge pas… J’ai pensé : p’tain qu’elle est belle… J’ai joui dans sa bouche. Je l’avais avertie. Elle avait grommelé, continué, je me suis lâché, les orteils crispés, la vue de toute beauté, l’énergie vidée. Bijou m’a souri, est venue se coller à moi : — Dormons ensemble ce ...