1. Bijou bijou : prose entre les strophes


    Datte: 17/03/2025, Catégories: f, fh, amour, nopéné, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe

    ... droite, elle connaissait où se cachait son plaisir, car j’entendais monter sa jouissance, son rythme accéléré, sa respiration saccadée et moi, je me touchais l’entrejambe, complètement hypnotisé, excité, tenté de la rejoindre, de lui sauter dessus, de remplacer son drôle de joujou. Bijou a hurlé au climax, je me suis pincé le pénis, me suis mordu les lèvres. Et son corps s’est enfin apaisé, elle s’est décontractée, Bijou s’est extraite de son objet, s’est tournée vers moi, et s’est immobilisée, mystifiée. Moi, muet.
    
    — Tu… tu étais là ?
    
    J’ai hoché la tête.
    
    — Ça fait longtemps ?
    — Je viens d’arriver…
    — Tu… ?
    
    J’ai de nouveau hoché la tête. Puis j’ai quitté l’encadrement de la porte. Me suis assis à la table de cuisine, une bière à la main. Bijou est venue me rejoindre, s’est servie elle aussi dans le frigo, et nous sommes restés silencieux quelques secondes. C’est moi qui ai commencé :
    
    — Je m’excuse…
    — Tu n’as pas à t’excuser, c’est moi qui…
    — Non, c’est moi…
    
    Nous nous sommes tus. Elle, la main dans ses cheveux, le coude sur la table, le regard dans le vague, gênée ou malheureuse ? Je ne savais pas, j’ai posé la question :
    
    — Bijou ? Ça va ?
    — Oui, oui…
    — Tu ne me dis pas tout…
    — Non, en effet…
    
    Silence encore. Quelques gorgées. Je la regardais, mais ne disais rien. Elle a pris une respiration puis s’est mise à raconter, que Luc, son copain, n’était pas si sympa finalement, qu’elle se demandait si elle ne vivait pas une de ces relations toxiques ...
    ... parce qu’il peut être jaloux, exigeant, dominateur quelques fois, alors que bien souvent, au théâtre entre autres, il est si gentil. Bijou se demandait si elle l’aimait encore, si elle ne devait pas le quitter, mais qu’elle avait besoin de lui, un peu, de son sexe, de toutes ces nuits où il l’a faite jouir, il est bon au lit, il l’est oui, me fait découvrir beaucoup de choses, mais, il est si con !
    
    — Et donc, depuis deux semaines, j’ai décidé de ne plus baiser avec lui parce que… parce que c’est ce qui me faisait toujours revenir à lui… alors j’ai… j’ai acheté ce godemichet… c’est bien au final !
    
    Nos yeux dans nos yeux, comme un tunnel profond qui s’étendait au fond de chacun et nous réunissait, Bijou et moi, complice pour la vie : elle venait de se livrer, ses angoisses amoureuses, sa vie sexuelle, comme lorsque nous avions seize ans. Nous avons continué à discuter longtemps dans cette cuisine ce soir-là.
    
    Cette même cuisine où ce matin, enfin le café est prêt. Je ferme le gaz et verse le café fumant dans une tasse, sans faire de bruit, dans la pénombre du matin. Bijou, bijou. Y’a des feux rouges partout. Puis au coin de la rue, l’armée du salut qui joue. À ma montre y’a plus de chaîne. À mes cols d’chemise plus de baleine. Dehors, mes copains ont mis leurs instruments aux lèvres et se sont mis à jouer pour célébrer le printemps. La gorgée de café me fait du bien, me réchauffe le corps, je me demande bien ce que je vais faire de ma vie : où est-ce que je vais rester ? Je ...
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