1. Bijou bijou : prose entre les strophes


    Datte: 17/03/2025, Catégories: f, fh, amour, nopéné, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe

    ... Lorsqu’elle connaissait ses répliques par cœur, je connaissais celle de ses interlocuteurs aussi, et nous pouvions répéter sans texte n’importe où, dans la rue en allant au marché, dans la voiture en allant aux rendez-vous de l’un ou de l’autre, dans la salle de bain. Nous vivions une belle complicité sans prise de tête. Une intimité du quotidien.
    
    Les ch’veux dans l’lavabo et les mégots n’importe où. Et puis tu prends ton bain avec de drôles de joujoux.
    
    Six mois après notre colocation, je suis entré à la maison plus tôt ou plus tard que prévu, je ne sais plus, je ne sais plus. Je ne pensais pas Bijou à la maison, alors je ne me suis pas exclamé : « Salut ! c’est moi ! » en claquant la porte. Habituellement, Bijou venait à ma rencontre avec un : « Salut ! » tout souriant, des fois elle m’enlaçait et me faisait la bise, d’autres fois elle m’avertissait : « N’enlève pas tes chaussures, je t’attendais, on va voir un spectacle ! » et nous partions pour la soirée qui, malgré ma fatigue du boulot, était toujours agréable, divertissante, charmante.
    
    Cet après-midi-là, je suis simplement entré, déposant mon sac au salon, mes clés dans le panier, ne sachant trop comment poursuivre la journée. Je pensais manger des chips et de la mortadelle, allez savoir pourquoi. Allais-je jouer de la guitare, lire un roman ? Je n’avais encore pris aucune décision qu’une chanson s’est mise à se faire entendre dans l’appartement. De la musique douce. Comme une chanson classique. Un chœur de ...
    ... voix, un hautbois soufflant des notes de quatre temps, d’un autre temps. Je me suis avancé, curieux, vers la salle de bain, reconnaissant finalement les accords de la chanson instrumentale Climax 4, d’Alain Bashung… Bijou et moi avions fumé bien des joints, tout jeunes, en écoutant cet album, Climax… et les mots qui me sont venus en tête, quand j’ai vu ce qui se passait par la porte ouverte de la salle de bain, sont : « Ça me sidère, ça me scie, ça me scie, ça me scie… »
    
    Bijou.
    
    Bijou, telle que je l’avais jamais vu. Nue.
    
    Bijou.
    
    Son corps est mince, presque maigre. Elle est fine, dure, musclée. Elle a des seins bombés par contre, pointus. Je ne l’avais jamais vu nue. Je ne l’avais jamais vu sexuée. Bijou était une amie, une complice. Mais là, sidéré, scié, je la voyais se donner du plaisir. Allongée dans le bain, les yeux clos, la bouche ouverte, la tête renversée, ses cheveux roux étalés derrière elle, des mouvements de va-et-vient sous l’eau. Des gémissements, des dents serrées, de l’accélération et puis une décision soudaine, rapide. Bijou s’est levée, son corps tout doux ruisselant d’eau : dans sa main, un pénis à ventouse, assez gros, qu’elle a fixé d’une main experte sur le rebord de la baignoire qu’elle a rapidement enjambé. Je la voyais de dos, ses fesses, ses muscles, ses cheveux mouillés. Elle s’est empalée doucement, assurément, elle est habituée. Bijou a remué son corps sur cet objet phallique collé au bain, d’avant à l’arrière, de bas en haut, de gauche à ...
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