1. Bijou bijou : prose entre les strophes


    Datte: 17/03/2025, Catégories: f, fh, amour, nopéné, Auteur: Samir Erwan, Source: Revebebe

    ... Hendrix tandis que le père de Bijou cognait souvent à la porte verrouillée de sa chambre en nous demandant ce que nous faisions. Nous pouffions de rire en lui faisant un doigt d’honneur qu’il ne voyait pas.
    
    Je jouais de la guitare doucement tandis qu’elle étudiait. Je lui faisais répéter des textes de théâtre. Tout le monde au lycée croyait que nous étions ensemble. Bijou et moi ne nous embrassions ni ne nous caressions, elle avait ses aventures de seize-dix-huit ans, j’avais les miennes. Nous vivions une complicité sans masque. Nous étions nos confidents et n’étions jamais dans une grande pièce de théâtre, à faire semblant d’être heureux. D’ailleurs, Bijou l’était, heureuse, en accomplissant son rêve de suivre des cours d’art dramatique, rendue à l’université.
    
    La vie a fait que Bijou et moi nous sommes éloignés. Je suis parti en voyage avec un camarade, avons pris des trains à travers les plaines, on m’a vu dans le Vercors puis à Java avant de voyager en solitaire. Sept ans. À travailler au noir un peu partout, à voler des amphores, à me faire un petit pécule qui fondait rapidement avant de repartir sur les routes. J’ai fait des choses pas nettes, j’ai dû fuir quelques endroits, me poser à d’autres. J’ai fait des rencontres, me suis forgé un caractère. J’ai fait l’aventurier, car je n’avais rien à prouver. Et quand je retournais mes poches, elles étaient toujours vides, je jouais alors de la guitare dans le métro de New York, ou de Londres.
    
    Durant ce temps ...
    ... de liberté sans véritable but, à vivre quelques fois comme un pacha dans des berlines et d’autres fois comme un manant en évitant les péages, j’écrivais à Bijou de longues lettres manuscrites. Si je restais longtemps à un endroit, je lui indiquais l’adresse où elle pouvait me répondre – si elle en avait envie – et sa calligraphie m’apportait un baume au cœur. Elle me racontait sa vie quotidienne, ses amours plus ou moins réussis, ses petits boulots de serveuse et ses auditions de théâtre, ses stress, ses angoisses et son succès sur les planches : « J’aimerais que tu sois là ». Son père est décédé et je n’ai pu la rejoindre pour les funérailles, sans le sou, et trop loin pour y être à temps. Je la savais toujours aimante, toujours là, toujours active dans le théâtre, heureuse et curieuse de mes aventures.
    
    Puis, la guitare au dos, mes pas m’ont ramené à la maison. Revenir d’exil comporte des risques, redécouvrir la ville aussi : danger d’être déçu, de n’être plus accepté, de ne pas retrouver ses vieux amis. Mais dans ma ruelle d’enfance, le linge attend toujours d’être dépendu, les chats vivent toujours leurs aventures et rien n’a changé. Surtout, Bijou n’a pas déménagé et je lui ai fait part de mon retour, par téléphone. Elle a exprimé sa joie en hurlant comme Janet et m’a demandé de passer chez elle :
    
    — Surtout que depuis que mon père est parti, je cherche un colocataire…
    — Je vais me trouver un boulot et ça me ferait plaisir !
    — Tu te poses vraiment ?
    — Oui. ...
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