-
La sculptrice aveugle - Les fins
Datte: 05/02/2025, Catégories: fh, amour, cérébral, amouroman, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe
... Reuffff ! Soudain, alors que les yeux de Romuald sortaient de leur orbite, il se mit à convulser, il tomba lourdement au sol et son corps fut en proie à de terribles contractions. Complètement tétanisé, son corps durcit, il perdit connaissance et son rythme cardiaque s’effondra. Soliflore lui prit le pouls calmement, le cœur du jeune homme battait faiblement, sourdement Boum… Boum… … Boum… … … Boum. … … … … boum. … … … b… Mort. Elle prit pleinement conscience de sa mort puis s’effondra en larmes. Elle laissa libre cours à son chagrin. Elle hurla dans cet atelier si désespérément vide, vide de sens, vide de vie. Jamais elle n’eut senti avec tant de force le poids de la solitude. Une solitude extrême. La solitude de l’assassin qui regrette son geste et ne sait plus comment faire marche arrière. Elle n’avait pas le temps de s’apitoyer, les minutes étaient comptées avant que le corps ne devienne rigide. Il fallait qu’il reste un minimum malléable. Elle commença à laver le corps, elle devait le purifier à l’aide d’une fumigation à base de résine de térébinthes afin de le préserver des insectes et larves. Elle procédait très froidement et suivait les étapes une à une, comme détachée de son corps. Après avoir profondément respiré et fait le vide dans sa tête, elle pratiqua des soins de thanatopraxie, c’est-à-dire qu’elle allait substituer le sang et les fluides corporels de Romuald en injectant du formol. Ce procédé lui garantissait deux semaines avant une ...
... éventuelle décomposition. Ce n’était que la première étape dans sa volonté de momifier son amour et le rendre immortel. C’était ce vers quoi elle tendait dans son absolu de création, l’absolu de l’artiste, ce qu’il vise : c’est-à-dire l’immortalité de son œuvre et toucher du doigt le Divin. Elle mit toute sa force pour placer le lourd corps inerte au contact de sa sculpture d’argile. Elle les emboîta comme on le ferait de deux pièces de puzzle. L’être de chair lovait son double d’argile comme deux frères qui s’étreignent. Elle enduisit le composite d’une huile qui déshydratait la chair et tannait la peau. Son travail avait été si physique, elle avait dû tant puiser dans ses réserves que plus d’une fois, elle eut envie d’abandonner ce projet. Il n’était cependant plus possible de faire machine arrière, elle était allée trop loin. Elle était cisaillée par les doutes, mais son œuvre, devenue obsession, comptait plus que tout. Durant tout le reste de la soirée et toute la nuit dans une chaleur étouffante et sèche, elle travailla sur ce qu’elle appelait « sa perfection », ou encore « son amour ». L’horreur atteignit son apogée lorsque l’image des pieds de Romuald lui vint brusquement en tête. Elle détourna son regard, mais rien n’y fit. Son amour ne pouvait être parfait s’il avait les pieds au sol. Il fallait que sa créature puisse se libérer de ses chaînes, puisse se libérer des contraintes terrestres et devienne une créature céleste. N’était-elle pas en train de composer ...