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La sculptrice aveugle - Les fins
Datte: 05/02/2025, Catégories: fh, amour, cérébral, amouroman, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe
... de devoir supplier pour qu’il reste, temporisait l’émoi de Soliflore et gâchait cet instant. Un changement s’était opéré en elle, un changement imperceptible, mais son sourire disparut. Elle n’avait plus en tête qu’une pensée, il avait voulu l’abandonner. Cette réflexion l’obsédait maintenant. Elle ne pouvait plus lui faire confiance. Elle s’était ouverte, elle avait partagé des sentiments. C’était pourtant quelque chose qu’elle ne s’autorisait plus depuis bien longtemps, depuis le désamour de ses sœurs aînées. Elle se sentait n’être qu’une pièce rapportée, elle avait l’impression de ne pas appartenir à sa propre famille. Comment pouvait-elle ressentir cette détresse alors que ses parents lui avaient prodigué toute leur affection ? Elle en voulait à ses parents de lui avoir tant donné sans retour, elle en voulait à ses sœurs de la rejeter, mais elle les comprenait. Aujourd’hui, elle marchait sur le fil du rasoir, un numéro de funambule, d’équilibriste entre amour et reproches. Elle s’enfouit dans les bras de son modèle, cacha son visage en pleurs. Elle n’acceptait pas qu’il pût la quitter. Il avait pourtant entendu son cri, il s’était ravisé et était revenu à elle, cependant, la seule chose que son esprit tourmenté retenait : il avait voulu l’abandonner. Lorsque sa crise de pleurs s’atténua quelque peu, elle réussit à cacher son visage humide et rougit de Romuald et s’en alla, déterminée, vers sa sculpture. Elle avait bien une idée en tête et elle ne pouvait ...
... l’avouer à l’objet de son amour. Oui, elle l’aimait, elle l’aimait plus que de raison. Ainsi était Soliflore, une femme de tempérament. Une décision prise était immuable, un ressenti excessif. Soliflore s’échinait sur sa sculpture tandis que Romuald se plaçait derrière elle et lui donnait un nombre incalculable de bisous dans le cou. Elle en riait, elle tentait tant bien que mal d’en profiter malgré cette voix qui lui rappelait « Il a voulu t’abandonner ». Enfin, sa statue pouvait être mise au four, mais avant, Soliflore demanda à son modèle de devenir critique d’art. L’orgueil de Romuald n’avait finalement pas à être bousculé, la statue était parfaite. À l’exception des pieds, ce n’était en aucun cas une œuvre abstraite, inesthétique ou conceptuelle comme la plupart des ouvrages, projets, tableaux ou sculptures présents dans cet atelier. Il commenta chaleureusement le résultat tandis que la sculptrice aveugle servait deux drinks. — Il faut fêter ça, trinquons ! — Oui, trinquons à ton travail et trinquons à nous deux ! répondit-il enjoué. Oh, pourquoi n’avait-il pas vu que sa belle avait perdu son sourire ? Il but d’une traite le verre de gin et peu habitué à cet alcool, il ne perçut pas l’arrière-goût âcre du cyanure. La langue en feu, Romuald pensait que c’était dû au gin. Il vit enfin soliflore les larmes aux yeux. — Qu’est-ce qu’il y a qui ne va pas ? s’inquiéta-t-il. — Explique… reuhff ! … reuhff ! … Je… Reuhff ! J’ai du… Reuff… mal à respi… ...