1. La sculptrice aveugle - Les fins


    Datte: 05/02/2025, Catégories: fh, amour, cérébral, amouroman, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... et elle se surprit elle-même de les avoir formulés. Ils étaient peut-être précipités… comment se pourrait-il qu’elle soit amoureuse d’une personne dont elle ne connaissait rien ? Mais ils étaient assumés.
    
    Depuis sa plus tendre enfance, elle n’avait pas été capable d’aimer d’autres personnes que ses parents et elle se demandait souvent si elle n’était pas une handicapée de l’amour. Tout le mièvre qui entoure ces histoires l’amusait, le romantisme était plutôt sujet à raillerie.
    
    Très tôt, elle s’était évadée du quotidien(peut-être n’était-ce pas un choix inhérent de sa volonté, mais juste une manifestation de sa nature intime, profonde), quittant le monde pour s’envoler dans celui de l’imagination artistique, et échapper ainsi à la jalousie de ses sœurs aînées Mélina et Maya. Du fait de son handicap, elle fut au centre des attentions parentales, ces derniers la choyèrent tant et si bien qu’ils en oublièrent d’aimer les deux sœurs.
    
    Il en résulta une fracture familiale, Soliflore navigua entre un amour excessif et une haine cruelle. Il sembla que cette polarité de sentiments dans laquelle elle se débattait soit à l’origine de sa méfiance vis-à-vis de l’amour.
    
    Exténués par cette nuit d’ivresse, les amants se séparèrent enfin. Une fois les corps désunis, ils échangèrent leurs pensées. Il le fallait. Ils discutèrent de la suite. Les questions arrivaient pêle-mêle : étaient-ils juste en train de prendre du bon temps ? Comment continuer ? Et mon travail, et mon œuvre ? Le ...
    ... temps passa. Trop vite.
    
    Et lorsqu’ils durent se séparer, Romuald au travail, les scolaires n’attendant pas sa cuisine et Soliflore à sa tâche, une minute parut durer plus de soixante secondes.
    
    Elle n’avait plus l’esprit au travail, Romuald s’insinuait dans sa tête, et si dans un premier temps elle entreprit de continuer son œuvre, elle dut se rendre à l’évidence : elle ne ferait plus rien de bon aujourd’hui. Elle était couverte de boue séchée qui craquelait et lui donnait un cuir de crocodile, à d’autres endroits, le corps était poisseux de fluides corporels et de sudation, glissante comme une anguille.
    
    Elle regagna son domicile sis à quelques centaines de mètres à peine de son atelier. Il était avec elle. Il marchait à ses côtés, il lui tenait la main, il la guidait. Il connaissait le chemin et elle se sentait légère. Il lui susurrait les mots tendres qu’elle avait déjà entendus lorsqu’ils ne faisaient qu’un et elle se grisait de les entendre à nouveau.
    
    Où était-il exactement ? Dans son appartement ? Sous la douche probablement pour se préparer ? Le cuistot ne pouvait pas se présenter aux enfants de l’école élémentaire sans s’être rafraîchi un minimum.
    
    Cependant, elle le sentait bien réel à ses côtés. Ils étaient constamment ensemble – même séparés.
    
    Elle décida de le rejoindre sous la douche. Elle l’imaginait de l’autre côté de la porte vitrée, il regardait l’eau couler sur son corps, se délectant d’être un voyeur chanceux. Il baissa la vitre embuée. Elle ...
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