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La sculptrice aveugle - Les fins
Datte: 05/02/2025, Catégories: fh, amour, cérébral, amouroman, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe
... sur la glaise, puis il revenait. Elle en était à la finition, il lui faudrait utiliser son four, son immense four pour lequel elle s’était endettée jusqu’au cou. Elle l’avait choisi le plus grand possible pour pouvoir créer des œuvres incommensurables. À l’aide de poulies et de leviers, elle réussit à le placer dans l’antre. On eût dit qu’elle plaça un corps dans un four crématoire. Il périrait par le feu et renaîtrait sous une forme, une forme achevée, une forme parfaite. Adieu, Romuald, je vais te consumer. Et de cet amour mort-né, une œuvre parfaite renaîtra des cendres. Aussi nomma-t-elle son œuvre : le Phœnix. Pygmalion était un sculpteur de la Grèce antique et plus exactement de Chypre, de grand talent, il créa une œuvre parfaite, il sculpta dans l’ivoire la plus belle femme n’ayant jamais existé : Galatée. Il en devint fou amoureux et chercha l’aide d’Aphrodite qui lui donna vie. C’est l’histoire d’un amour unique, intemporel, l’amour parfait. Ainsi, aucune personne réelle ne pourrait surpasser l’imagination et seule l’imagination de l’artiste peut créer le parfait ? L’œuvre ne sera-t-elle jamais autant aimer que par son créateur ? Ce mythe est l’essence même de chaque artiste, désirant par narcissisme ou par orgueil, s’approcher du divin. Il est en nous un besoin, un besoin absolu, total du sublime, une recherche de perfection. Soliflore n’en pouvait plus d’attendre que sa créature se métamorphose, qu’elle en termine avec sa chrysalide. Elle ...
... tournait en rond dans son atelier et ne cessait de penser. Romuald allait-il venir le lendemain comme il était prévu ? Il s’était engagé pour trois jours de pose, allait-il tenir ses engagements ? Elle avait prévu d’ériger deux autres statues, une assise, un peu comme le célèbre penseur de Rodin et une autre dans la position Yoguiste de l’arbre, Vrikshasana. Son idée de départ était de proposer une trilogie de corps, l’un étant le passé rigide, réfléchi, le deuxième étant le présent arrogant, le troisième l’avenir futile et pédant. Son « Penseur », assis confortablement, avec de bonnes bases, exprimait la force de nos racines. Son « Phœnix », debout, fier, fier de sa stature, droit dans ses bottes, le regard fixé vers l’horizon exprimait un présent arrogant, mais se tournait vers l’avenir. Et enfin, son « Arbre » dans une position inconfortable, dénonçait de nouveau le paraître qu’elle ne supportait plus et qui devenait pour la plupart de ses contemporains la quête de leur vie. Et pourquoi je pense à lui ? Toujours Romuald ! Pourquoi n’avait-il pas écouté sa supplication « Reste, je t’en prie, j’ai besoin de toi… » ? Pourquoi n’était-il pas resté ? Romuald ? Le temps de chauffe était à présent terminé, sa créature, son corps parfait devait encore refroidir. Tout comme elle-même ! Ses pensées toujours tournées vers son amant, elle avait les mains placées sur son bas-ventre. Et une braise incandescente qui n’attendait plus qu’un souffle pour rugir et ...