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La sculptrice aveugle - Les fins
Datte: 05/02/2025, Catégories: fh, amour, cérébral, amouroman, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe
... Pygmalion La main sur la clinche, Romuald s’apprêtait à partir, mais Soliflore le stoppa. — Je t’en prie… j’ai besoin de toi… Cela sonnait comme une supplique, certes, mais surtout, ce que Romuald entendit était une nouvelle fois l’orgueil de l’artiste, une nouvelle fois son égoïsme. Une nouvelle fois, il se sentit n’être qu’un objet dont elle avait besoin, elle ne pensait qu’à elle et ne se souciait absolument pas de ce qu’il pouvait ressentir. C’en était trop pour lui. Il fit la sourde oreille et le cœur meurtri, il reprit sa marche en avant. Une fois seule, Soliflore murmura pour elle-même : — Non, je ne suis pas insensible ! Romuald ne pouvait comprendre l’attitude de l’artiste, d’ailleurs : comment l’aurait-il pu ? Soliflore était une écorchée de la vie, son passé l’avait atrophiée des sentiments. Elle avait navigué entre l’amour excessif de ses parents qui la surprotégeaient des aléas de la vie et de la jalousie muée en véritable haine de ses deux sœurs aînées Mélina et Maya. Mélina et Maya avaient été complètement mises de côté à la naissance de leur petite sœur aveugle. Elles grandirent dans l’indifférence de leurs parents et ne pardonnèrent jamais à Soliflore d’avoir accaparé ce dont elles avaient grandement besoin. La douleur d’aimer du plus profond de son cœur et d’avoir en retour de la malveillance, de la rancœur, une haine incommensurable finit par la rendre méfiante et fermée au monde qui l’entourait. C’était son armure, sa ...
... protection, se rendre imperméable aux sentiments amoureux. Elle jeta un dernier regard vers la porte fermée, déglutit son amertume puis s’en revint à sa sculpture, son golem. Il avait presque forme humaine, seule sa base le différenciait d’un corps : sa sculpture n’avait pas de pieds, elle était posée sur un socle et les jambes se confondaient avec des racines qui sortaient des fondations. Cette aversion pour les pieds avait deux explications, l’une était de l’ordre de la métaphysique et l’autre était plutôt sordide. En tant qu’artiste, elle n’avait pas les pieds sur terre. Les pieds, c’est ce qui la ramenait à la réalité, qui l’ancrait dans le sol et l’empêchait de s’envoler. La deuxième explication était en lien direct avec son passé. Une histoire abjecte qu’elle préféra enterrer au plus profond d’elle-même, un fait divers hideux dont elle fut victime. Lors d’une soirée un peu arrosée, un homme avait abusé d’elle, l’avait violée. L’image dont elle n’arrivait pas à se répartir était celle de ses pieds qu’il avait posés sur son visage tandis qu’il la pénétrait de force. Elle se souvenait encore de l’odeur de ces pieds infects et elle s’en voulait encore d’avoir suivi cet étranger dans la chambre. Elle passa plusieurs heures à modeler, façonner sa sculpture. Quand elle était entièrement focus sur ses mains, elle oubliait ses sœurs, son handicap et… Romuald. Il revenait sans cesse dans son esprit, elle le chassait, revenait à sa moulure, l’oubliait le temps d’une caresse ...