1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... j’anesthésiais ma douleur, de haine et de fiel, me gavant de rancœur, je gardai les yeux fixés sur celui qui avait tué par sa bêtise et sa suffisance ma Maureen adorée, par sa faute, à jamais ôté du monde… L’ordure, lui était bien vivant avec ses mimiques attristées et ses regards mal à l’aise. Était-il juste qu’un individu aussi stupide et laid eût le pouvoir d’abolir tant de beauté et de vie ?
    
    Je ne savais plus ce que je pensais… si ce n’est que plus rien ne compterait plus jamais… Rien… sinon régler les comptes.
    
    *******
    
    Trois jours passèrent, au cours desquels je n’adressai pas la parole à Pop, ne lui répondant pas lorsqu’il me parlait… La tension qui avait toujours existé entre nous atteignait un paroxysme… Ce qu’il avait fait à Maureen ne lui serait jamais pardonné.
    
    Ma errait d’une tâche à une autre, automate aux yeux rougis de trop de pleurs. La trouvant un matin penchée sur son évier de bois, secouée de sanglots, je la pris dans mes bras pour la première fois. Elle s’accrocha à moi, comme une naufragée, quelques secondes, murmurant « Oh ! Sean… ! Sean ! » entre deux hoquets, puis se reprenant, se détacha doucement et, avec un regard dans lequel je lus toute sa douleur, caressa mon visage… Essuyant ses larmes d’un revers de main, elle s’en retourna encore plus lourde à sa peine quotidienne.
    
    Je m’obligeais à travailler, travailler encore et m’abrutir d’activité pour ne pas permettre à l’insoutenable absence d’instiller son poison. L’absence… ! Cette ...
    ... absence qui allait durer pour toujours… toujours.
    
    Ce soir-là, à dîner, Ma avait préparé des pommes de terre au lard, délicieuses, comme d’habitude, mais comme d’habitude il fallait bien que quelque chose n’allât pas. Après quelques bouchées, le maître de céans laissa tomber sa cuillère de bois dans son assiette avec un geste d’humeur…
    
    — Dégueulasse… !
    
    Qu’est ce qui prit à Ma, ce soir-là ?
    
    — Si ça ne te convient pas, c’est pareil… !
    
    Il eut un rapide regard de surprise. Je sifflai :
    
    — Ne la touche pas !
    
    Il la gifla à toute volée.
    
    Je plantai mes yeux dans les siens… S’il faisait mine de faire un seul geste… ma main gauche sous la table serrait mon couteau de chasse.
    
    J’étais fort, presque aussi fort que lui, et surtout j’étais plus rapide et dix fois plus vicieux, ça, il le savait ! Aussi se contenta-t-il de grogner en secouant la tête, puis il souffla d’un air de mépris en haussant les épaules.
    
    Mais, j’avais osé le défier… Il faudrait que je le paye !
    
    Ma s’était levée, sans une larme. Elle partit s’enfermer dans la chambre.
    
    Alors qu’il se remettait à manger ses pommes de terre dégueulasses, je me levai, enjambai le banc et sortis.
    
    J’entrai dans la remise, y pris la cognée dont j’ôtai le fer, bien que, vous pouvez me croire, l’envie ne me manquait pas de l’y laisser. Je me dirigeai vers la grange et, frappant à plusieurs reprises le dur manche de cornouiller dans ma paume, m’embusquai derrière la porte.
    
    Il n’y avait rien à calculer, c’était ...
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