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Genèse d'un salopard
Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe
J’étais, ce qu’ils appelaient, un « highwayman », un bandit de grand chemin… Je chevauchais le long des pistes fréquentées par les diligences et autres chariots, un sabre et un pistolet à mon ceinturon. Ces routes, je les hante encore… Vous ne le croyez pas, n’est-ce pas ? Il valait mieux ne pas croiser mon chemin, pour peu que l’on eût sur soi quelque objet de valeur… Bien des jeunes femmes, et d’autres moins jeunes en firent l’expérience… j’aimais, plus que tout, ce genre de rencontres au cours desquelles je les délestais, les mignonnes, de ce qu’elles possédaient de superflu, bijoux, pucelage et autres babioles… Avec le comptage des pièces d’or, les rencontrer était ce que je préférais dans mon foutu job ! Combien de fois, entendant derrière les rideaux de cuir de la diligence ou la bâche du chariot, un timbre féminin, cri ou chuchotement, n’ai-je pas frémi de ce même frisson sauvage qui me secouait quand je tuais. Je me souviens de ce soldat, un « tunique bleue », qui escortait un convoi de fonds de Wichita à Abilene et qui eut l’imprudence de mettre la main à son revolver, alors qu’il ne s’était pas encore aperçu que je me tenais déjà derrière lui… je ne lui laissai aucune chance et, le clouai, de la lame de mon sabre au plat-bord du Studebaker. Par-derrière, oui… ! Ça a, toujours, été plus cher… Et que l’on ne vienne surtout pas me parler de lâcheté, d’honneur, ou de droiture et autre loyauté… Épargnez-moi ces fables imbéciles… ! Pendant des années ...
... j’ai écumé les routes, à l’affût, où chien courant, pour m’emparer de leurs biens, et détrousser ces pieds tendres qui ne se doutaient pas de là, où, justement, ils les mettaient, leurs pieds… ! Seulement, voilà, un jour, même pour les plus malins, le vent tourne… Ces fumiers ont fini par me prendre. Nous étions au début du printemps soixante-quinze et je venais de remplir mes fontes en détroussant trois riches citadins de l’Est et leurs femmes qui voyageaient dans le « Concord » les amenant à Santa-Fe. Un détachement de rangers, cinq, me tombèrent dessus alors que j’en avais presque fini. Je ne fis même pas semblant de chercher à m’échapper. Je fus capturé et emprisonné, et au terme d’un procès entendu d’avance, au matin de ce mois de mai, ils me pendirent. Mais je suis toujours là. Vous ne le croyez pas, n’est-ce pas… ? S’il pouvait encore parler, ce cop qui eut la mauvaise idée de se vanter de m’avoir vu aurait pu vous le dire… Je suis toujours là… dans cette pierre qui roule, dans le crotale lové sous ce buisson, dans l’orbe du rapace, au zénith crépitant de lumière, dans cette bourrasque du vent, ou dans une simple goutte de pluie… Vous ne le croyez pas, n’est-ce pas ? ******* Je suis né à l’hiver 1845, dans la ferme de mes parents, au lieu-dit Chestnut Ridge, dans un méandre de la Cove Creek, affluent de la Little River, qui porte bien mal son nom. Chestnut Ridge se situe dans la région montagneuse des Big Smoky Mountains, dans le Tennessee, ...