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Genèse d'un salopard
Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe
... écrit : je savais qu’il viendrait. Après le repas c’était le même rituel : il venait s’octroyer quelques généreuses lampées d’eau-de-vie de sa réserve personnelle, plusieurs jarres, qu’il rangeait dans la vieille malle de cuir où il gardait ses trésors… armes, munitions, couteaux, sabres… Je n’attendis pas très longtemps et entendis bientôt son pas lourd. Par un interstice entre les planches du mur, je pouvais voir sa silhouette massive approcher, dans la lumière diffuse du crépuscule. Alors qu’il passait la porte, j’assénai le premier coup, lançant des deux mains la cognée à la volée… J’entendis quelque chose craquer, alors qu’avec un ahanement sourd, il tombait sur les genoux. Je fis pleuvoir sur lui une grêle de coups… il s’affala à terre sans plus bouger, ce qui ne m’empêcha pas de finir de me vider de ma colère en le frappant encore. Je ne voulais pas tuer. Non pas pour l’épargner… juste à cause de la prison. Aussi, je cessai de frapper et jetai le manche de cognée sur son corps immobile. J’étais bien tranquille, il ne s’en servirait pas de sitôt… Je gagnai le fenil où j’avais apporté traversin et couvertures… je ne pouvais plus dormir dans notre chambre. Ma le savait. Je relevai l’échelle, même si j’étais certain qu’il n’en monterait pas deux échelons… s’il se réveillait… et cherchai le sommeil. Je ne pensai même pas à ce que je venais de faire. Cette punition je l’avais ruminée tant et tant de fois, de tant de manières, que celle-ci, bien réelle, ne me ...
... semblait qu’une énième fois de plus… Ne pensez pas que j’étais déçu, non ! … mais, c’était fait, accompli ! Non, je n’y pensais pas… Dans la pénombre odorante du fenil, dans ce qui ressemblait à la quiétude d’avant, sans que rien ne puisse venir me distraire de l’affolant manège qui n’avait cessé de tourner depuis ce jour maudit, me revenaient en boucle, de plus en plus affolants de constance et d’acuité, tournaient, les yeux de Maureen, les mains de Maureen, les cheveux de Maureen, le rire de Maureen, la voix de Maureen… Maureen… Maureen… Oh ! Maureen… ma Maureen… Je sus que l’odieuse torture durerait désormais à jamais… Alors, face à l’abîme que l’abjecte absence ouvrait dans ma vie, pour la première fois, je me mis à pleurer. Émergeant d’un sommeil agité, lourd, épais comme de la poix, il me sembla entendre quelqu’un appeler… un cauchemar… Non… ! C’était bien réel… Une voix appelait : — Sean… ! Sean… Réponds-moi ! … S’il te plaît… Ma ! C’était Ma qui m’appelait… Est-ce que… ? — Ma ? … Ma… ! Ça va ? Je me levai d’un bond et, à quatre pattes, m’approchai du plat-bord pour regarder en contrebas. Le visage angoissé me suppliait déjà… — Sean, descends, descends, s’il te plaît… ! Viens m’aider… ton père n’est pas bien… Il est blessé… Je ne sais pas ce qu’il a… qu’est-ce qu’il se passe ? — Qu’il crève ! — C’est… c’est toi ? — Oui, c’est moi… ! Je lui ai foutu la branlée qu’il aurait dû recevoir depuis des années. Il va moins la ramener, sa gueule ! Il y ...