1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... c’est là que, cul-terreux, j’ai passé la première partie de ma vie, loin de tout.
    
    Nos premiers voisins, les Knudsen, habitaient une ferme eux aussi, à quatre miles de chez nous, et l’école où nous allions, à pied, ma sœur Maureen et moi, quand Pop nous autorisait à y aller, se situait à six miles de la maison en passant à travers bois.
    
    Les bois, j’y étais fourré dès que le boulot de la ferme m’en laissait le temps.
    
    D’aussi loin que mes souvenirs remontent, je me souviens d’avoir toujours bossé, dur, très dur. Je n’avais jamais connu autre chose jusqu’à ce que je parte pour la guerre et l’idée que les choses pouvaient être autres, ne m’a même jamais effleuré. C’était comme ça.
    
    Nous étions pauvres, et seul un labeur acharné, de chaque instant, nous permettait de garder la tête hors de l’eau. Les seules distractions que nous pouvions nous offrir étaient la chasse et la pêche, encore était-ce pour rapporter à la maison gibier et poisson, car là aussi, il s’agissait d’être efficace. Ma et Maureen s’occupaient de la cueillette des fruits sauvages, baies et racines, en saison…
    
    Ma était dure au labeur, et dure au mal. Elle était aussi économe de ses paroles qu’elle ne l’était de ses efforts, travaillant sans relâche du matin au soir, elle abattait le travail d’un homme et parvenait, cependant, avec l’aide de Maureen à tenir sa maison impeccable.
    
    Ma avait dû être belle, dans le temps, mais ce travail de bête de somme, les soucis et la vie que lui faisait Pop, ...
    ... l’avaient prématurément vieillie.
    
    Pop, colosse granitique, tout d’os et de muscles, bête de travail, dur et exigeant… Ivrogne taciturne et tyrannique… il n’y avait guère qu’avec Maureen que l’on pouvait sentir chez lui autre chose que de la brutalité. Comment Ma avait-elle pu, un jour, éprouver quoique ce fût pour lui ? Je ne l’ai jamais vu avoir un geste tendre à son égard. Au quotidien, il lui imposait un silence lourd et méfiant qu’émaillaient des remontrances brutales, et il n’était pas rare qu’une gifle, ou quelque bourrade partît, sans que jamais je ne l’aie vue se regimber. Elle en avait peur, comme tout le monde…
    
    Les soirs de cuites étaient notre hantise. Quand nous le voyions partir certains après-midi, après avoir attelé la charrette à Betsy et aboyé ses ordres, nous savions que pour Ma ce serait encore un de ces avant-goûts de l’enfer qu’il lui ferait vivre, à son retour, à la nuit tombée, alors que Maureen et moi, cachés, dans notre chambre, recroquevillés dans nos lits, ferions semblant de dormir. Combien de fois, entendant les suppliques de Ma et les bruits odieux qui nous parvenaient, j’entendis ma sœur chérie sangloter alors que je serrais les poings de rage impuissante, en proie à un écœurement qui me nouait le ventre, à en vomir… ?
    
    Et puis, il y avait Maureen, ma sœur adorée de deux ans plus âgée que moi, elle était ma sœur et fut aussi ma mère, Ma ayant à peine eu le temps d’être ma génitrice…
    
    C’est auprès de Maureen que j’appris ce qu’étaient la ...
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