1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... jamais.
    
    Nous nous entassâmes, les Knudsen, Ma et moi, dans la charrette que Pop conduisait et repartîmes vers la maison, la pauvre Betsy vite épuisée ahanant sous le fouet à tirer cette charge inhabituelle.
    
    Nous mîmes plus de deux heures pour rentrer, pendant lesquelles nous eûmes à supporter, Ma et moi, les plaisanteries lourdingues des deux « amis », les querelles et piaillements des marmots ainsi que le caquet d’Emma, leur dinde de mère.
    
    À peine arrivés, Pop et Olaf s’attablèrent sous l’appentis, devant une jarre d’eau-de-vie, alors que des ordres étaient jetés aux femmes pour que l’on fût servi… La seule présence de cette famille exécrée dans nos murs me remplissait de colère et la pensée que Maureen était loin, quelque part, seule, avec l’autre abruti, la décuplait. Je m’emparai d’une galette de maïs et d’un morceau de lard et sortis marcher le long du ruisseau qui longeait le jardin, en direction des bois.
    
    La journée avançait et pensant que Maureen n’allait pas tarder à rentrer, je quittai la forêt et, coupant à travers champs, je repris le chemin de la maison.
    
    Quand j’arrivai dans la cour après avoir tourné la grange, je constatai que la charrette n’y était pas, ils n’étaient pas encore rentrés… Je cherchais un endroit pour m’asseoir quand je vis que celui que je venais de choisir était déjà occupé : un crotale se chauffait au soleil enroulé sur ses anneaux, je l’admirai un instant, et du bout de mon bâton, le chassai. Nous ne les tuions pas, ils nous ...
    ... rendaient d’immenses services en nous débarrassant de la multitude de rongeurs qui pullulaient sur la ferme.
    
    Le crotale m’est sympathique, et ce, depuis toujours… il se dégage de cet animal une impression malsaine d’efficacité et de maîtrise qui me plaît… je l’admirerais presque. J’aime le sentiment qu’il inspire à la plupart de ceux qui le croisent. De plus, il est délicieux, aussi bien grillé sur les pierres d’un feu improvisé que bouilli ou en ragoût, et bien qu’il fit souvent mon ordinaire je ne m’en suis jamais lassé, le goût et la texture de sa chair dépassent en qualité bien des volailles que l’on vous sert au cul des « chuck wagons » ou dans bien des gargotes… Seulement, cet imbécile ne peut s’empêcher d’agiter sa sonnette de queue, vous prévenant ainsi avant d’attaquer… Quel idiot !
    
    Je chassai donc le reptile et m’assis à sa place, et, le dos rencogné au mur de notre chambre, face au soleil qui commençait à décliner, entrepris de tailler ce bâton de houx que j’avais déjà commencé à écorcer. J’adorais travailler le bois et pensai que plus tard je chercherais à me faire engager chez un menuisier, pour apprendre le métier… Menuisier !
    
    … Pour l’instant, je m’appliquai à égaliser le bâton que je voulais sculpter. C’était le cadeau d’anniversaire de Maureen.
    
    Et, alors que le temps me semblait s’être arrêté, absorbé que j’étais par cette tâche que sacralisait celle à qui je destinais le morceau de bois dont je voulais faire une œuvre, ma vie s’écroula dans le ...
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