1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... Plus un bruit. Seuls, nos souffles que nous sentions s’affoler…
    
    Et ce moment magique… Maureen approcha son visage du mien, je me tendis vers elle…
    
    Je sais ce que vous êtes en train de vous demander… Bien sûr, il y eut d’autres fois. Toutes aussi belles, toutes aussi folles, toutes aussi pures.
    
    Notre chambre… C’est là que commença ma vie, et c’est là qu’elle finit.
    
    Le reste n’est qu’anecdote.
    
    *******
    
    J’avais pris quinze ans quelques mois plus tôt, quand cette ordure de Nils vint chercher Maureen, pour une promenade avec l’accord de Pop. L’imbécile se saoulait chez le père, son grand copain de boisson : Olaf Knudsen. Ces deux crétins avaient décidé que Maureen ferait une bonne épouse pour, lui, l’aîné, grand niais brèche-dents, aussi stupide qu’il était blond. Cette promenade tiendrait lieu de début d’accordailles.
    
    Maureen n’avait pas eu son mot à dire, et Ma encore moins. Les choses étaient ainsi que les deux chefs de clan avaient déclaré qu’elles seraient. Dévasté par ce diktat, sachant qu’il était inscrit dans l’odieux ordre des choses, je m’y pliai, ravalant ma frustration, ma haine et ma rancœur…
    
    Nos hivers n’étaient pas trop rudes, même s’il fallait souvent casser la glace des abreuvoirs au matin, mais cet hiver soixante avait été particulièrement froid, et nous avions vu mars nous apporter les premières vraies belles journées. Tiédeur et soleil égayaient la nature, alors que Maureen se réfugiait dans un silence résigné depuis l’odieux verdict. ...
    ... Ma, entre deux corvées, se tordant les mains, lui jetait des regards de compassion désespérée… je m’abrutissais de travail.
    
    Puis vint le mois haï…
    
    Les ruisseaux gorgés de pluie envahissaient les prairies neuves, les peupliers et les aulnes qui les bordaient, les bouleaux, les érables, les hêtres des forêts, défroissaient leurs bourgeons, éclaboussant la nature d’une symphonie en vert, tout neuf et tendre. Des vols d’oies, de bernaches et de grues remontaient vers le nord sillonnant un ciel d’un bleu lavé de frais, creusant l’espace de leurs cris assourdissants.
    
    Au milieu de cette fête, nous assistions, Ma et moi, la mort dans l’âme, à la dérive et au naufrage déjà écrit de la vie de ma sœur tant aimée. Maureen aurait à peu de choses près la vie que Ma connaissait… c’était la seule certitude que nous laissait la perspective tracée par les deux abrutis communiant de bêtise dans leur amour du whiskey.
    
    *******
    
    Ce premier dimanche arriva. Comme il l’avait été convenu, c’était Nils qui, après la messe, devait ramener Maureen, conduisant la charrette familiale en prenant le chemin des écoliers, pour rentrer chez nous où Ma avait préparé un repas dominical qui réunirait nos deux familles. C’était un dîner qui avait été prévu, l’église se situant à six miles de chez nous, il fallait presque trois heures pour rentrer.
    
    À la sortie de la messe, je regardai la charrette s’éloigner, emportant Maureen, alors qu’elle se retournait pour me lancer un regard que je n’oublierai ...
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