1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... apprit le projet des deux imbéciles, c’était un dix-huit février, une des rares fois où Pop n’était pas rentré bourré de chez les Knudsen.
    
    Croiser cet ignoble salaud, m’asseoir à la même table que lui, respirer le même air me devenait de plus en plus intolérable… je me demandais combien de temps j’allais pouvoir tenir encore avant de lui sauter dessus et lui casser la gueule.
    
    Nous ne voyions pas grand monde, mais depuis plusieurs mois, tous les gens que nous rencontrions en visite chez nous, sur la route, en ville – les rares fois où j’y allai – ne parlaient que de ça : l’élection de Lincoln, les tensions avec les états du Nord, l’abolition de l’esclavage, la sécession… La guerre.
    
    La Confédération cherchait des soldats et recrutait à tour de bras. La dernière fois que j’allai en ville, je fus abordé deux fois par des soldats qui me pressèrent de venir m’enrôler.
    
    — Quel âge que t’as ?
    
    Quand je leur dis que je n’avais que seize ans…
    
    — T’es grand, t’es costaud… t’as qu’à dire que t’en as dix-huit ! Y t’prendront, va !
    
    Tout le long du trajet de retour, je tournai et retournai cent fois cette idée dans ma tête… je ne parvenais pas à prendre une décision claire… pourtant, je savais que je devais m’enfuir de la ferme sans tarder. Si je restais, j’allais commettre l’irréparable. Partir était devenu une nécessité urgente, il n’y avait que la pensée de laisser Ma seule pour me faire encore hésiter.
    
    À mon retour à la maison, au soir, après avoir déchargé les ...
    ... sacs de grain et les outils, profitant de ce que l’autre était occupé avec les bêtes, je fis part à Ma de mon projet.
    
    Je ne savais pas comment m’y prendre pour lui annoncer cette nouvelle et avec la délicatesse qui me caractérisait, lui annonçai :
    
    — Je vais partir, Ma.
    
    Elle se tenait immobile, face à moi… Je la vis pâlir et lever ses mains, se couvrant la bouche, alors que ses yeux s’emplissaient de larmes.
    
    — Où, Sean ? Mais… où t’en vas-tu ?
    — Je vais m’engager, Ma.
    — À la guerre… ! Tu pars à la guerre ! Oh ! Sean… Sean !
    
    Elle secouait la tête alors que de grosses larmes roulaient sur ses joues. Elle fit deux pas, s’assit sur le banc, à sa place, et appuyée sur la table, la tête dans ses bras, se mit à pleurer. Je m’assis à côté d’elle et mis mon bras sur son épaule, je la sentis se raidir, mais elle se détendit aussitôt et se laissa aller. Elle ne pleura pas longtemps, se redressa, sécha ses larmes d’un revers de main, dans un geste que je ne lui connaissais que trop bien et je lui expliquai.
    
    Je voulais qu’elle sache combien il me coûtait de partir la laissant seule avec Pop, mais lui dis que si je restais, je savais que… je cherchais mes mots… et finis par lâcher :
    
    — Si je reste, je sais que je le tuerai, un jour ou l’autre…
    
    Ma hocha la tête… Bien sûr, elle savait.
    
    Elle se tourna vers moi, et me prenant dans ses bras, elle m’embrassa… longtemps. Puis elle se leva et, en soupirant, alla vers le fourneau où elle ajouta une bûche, et se redressant ...