1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... j’arrive à trouver ma mère… !
    
    Le vendredi qui suivit, Ma se fit accompagner à l’inhumation de Nils. Je n’y allai pas. Peu m’importait de savoir ce qu’en dirait le qu’en-dira-t-on. Je n’avais rien à leur dire à tous.
    
    Si quelqu’un me voulait, il n’avait qu’à venir me chercher !
    
    *******
    
    À quelque temps de là, Pop put enfin se lever.
    
    Lorsque je le croisai, ce matin-là, dans la cuisine, je ne fis même pas semblant de le voir, j’eus toutefois l’impression d’avoir croisé son fantôme. Le teint cireux, de grands cernes sous des yeux à l’expression éteinte, amaigri et voûté, marchant comme un vieillard, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il marqua un temps d’arrêt lorsque je le croisai, comme s’il allait parler, semblant attendre qu’il se passe quelque chose… quelque chose qui ne vint pas… puis il reprit sa marche, d’un pas lourd, et s’affala sur son banc, à sa place, en bout de table. Ma s’assit à côté de lui alors que je restai debout pour boire mon lait. Je me saisis de mon plat d’œufs au lard et de haricots et sortis manger sous l’appentis. Par la suite, j’assouplis un peu mon attitude et pris part aux repas, mais n’adressai la parole qu’à Ma.
    
    Il n’avait pas bu depuis plus de deux mois et ça n’était pas dans sa « réserve » qu’il trouverait de quoi replonger dans son vice… quoiqu’il en fut, il valait mieux pour lui que ça ne le reprenne pas… Quant à lever la main sur Ma, j’étais bien certain qu’il savait cette époque révolue !
    
    Cela dit, il fit preuve de ...
    ... cran, je savais qu’il n’en manquait pas, et se remit de suite au travail, quoiqu’il lui en coûtât, et même s’il n’abattait plus autant de besogne qu’auparavant, sa contribution nous soulagea notablement.
    
    Ma et moi nous étions beaucoup rapprochés et sans qu’il n’y eût jamais de grandes effusions et démonstrations d’affection entre nous, je sentais qu’elle me manifestait, malgré sa distance coutumière, une tendresse bienveillante que je lui rendais en m’appliquant à lui parler avec égards et douceur… Il s’en allait temps !
    
    Vinrent les foins, et le regain, nous travaillions tard, les journées étaient longues mais encore trop courtes… il y eut le maïs, puis, ce furent les labours d’automne, les semailles. Cette année-là, j’eus la chance d’abattre plusieurs cerfs, biches et sangliers, et ce fut encore du travail à sécher, fumer la viande. Pop fit des pêches d’anguilles et de poissons-chats comme nous n’en avions jamais fait, les ruches donnaient… nous ne manquerions pas cette année.
    
    Et ce fut l’hiver, les journées courtes, les frimas… il y avait toujours quelque chose à faire : le bois, les clôtures, les réparations des bâtiments, nous étions constamment occupés mais nous pouvions prendre notre temps. Nous n’étions plus dans l’urgence.
    
    Février revint, déjà les jours avaient rallongé.
    
    Je n’arrivais pas à me réjouir, l’épouvantable manège qui n’avait jamais cessé de tourner continuait sa ronde infernale, encore plus obsédante, avec le souvenir de l’époque où Maureen ...