1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... quand elle se retourna.
    
    Pour une fois, un peu plus prolixe, elle me dit d’un ton outré :
    
    — Vraiment, c’est pas juste ! Alors que tu t’échines à travailler, l’autre, là, le Nils, ce…(elle ne dit pas le mot), lui, passe ses journées à la pêche.
    
    Mon cœur fit un bond. J’essayai de prendre un air détaché :
    
    — Ah, bon ? Ou çà… ?
    — Sur la Cove, dans la grande boucle, près du champ à Marty.
    — Comment le sais-tu ?
    — Olaf me l’a dit.
    
    Je hochai la tête.
    
    — Ah ! D’accord…
    
    Après un repas rapide, je souhaitai une bonne nuit à Ma et gagnai le fenil… Malgré ma fatigue, j’eus beaucoup de mal à m’endormir ce soir-là.
    
    Le lendemain, après la traite des vaches et les soins aux bêtes, alors que Ma revenait des poules et que nous nous apprêtions à prendre le petit déjeuner, je lui fis part de l’organisation des travaux pour les journées à venir. J’avais toujours su quelles étaient les tâches à effectuer pour faire tourner la ferme, et même Pop reconnaissait que je m’y entendais… Ma, maintenant, s’en remettait complètement à moi pour diriger les affaires.
    
    Je lui fis part de mon intention de m’occuper des clôtures du « pré d’ouest » qui jouxtaient la forêt et que les bêtes avaient mises à mal, je prétendis qu’il était urgent de s’y mettre.
    
    — Tu m’avais parlé de sarcler le maïs, non ?
    — Ça peut attendre… Par contre, si on veut que les vaches aient ce qu’il faut… les clôtures, faut pas traîner ! C’est pas un boulot pour toi… je m’en vais m’en occuper tout seul. Pendant ...
    ... ce temps, si tu veux, tu peux commencer à t’occuper du maïs…
    — Bon, dans ce cas, c’est d’accord !
    
    Le pré d’ouest était situé sur un coteau, voisin du champ à Marty, et avait une vue dégagée sur la Cove…
    
    Je dus y retourner trois jours de suite. Dans l’après-midi du troisième jour, je menai à bien ma tâche.
    
    Ce soir-là, dans le fenil, je parlais longtemps à Maureen.
    
    *******
    
    Le lendemain, Ben Anderson qui se rendait à Afton avec sa femme s’arrêta chez nous pour faire boire les chevaux. Il nous annonça une « terrible nouvelle » : on avait retrouvé le corps de Nils dans les roseaux de la Cove. Il ne savait pas nager et avait dû tomber de sa barque, qu’on n’avait pas retrouvée, et se noyer…
    
    Ma alla chercher la jarre de whiskey à la cuisine et en offrit à Ben, alors qu’elle et Kate, sa femme, prenaient une infusion de verveine et d’origan qui leur tenait lieu de thé. Je les quittai rapidement, prétextant un travail urgent à finir.
    
    Ma, ce soir-là, me demanda de rester un peu avec elle, et après s’être occupée de Pop, vint s’asseoir contre la façade encore tiède de soleil, sur le banc que j’avais tiré. Nous gardions tous les deux le visage levé vers la nuit. Elle ne dit pas un mot… Mais, dans l’obscurité, alors que j’entendais son souffle trembler, qu’elle essayât de maîtriser les sanglots qui l’étranglaient, je la sentis poser sa main sur mon bras… je la saisis et l’emprisonnai dans la mienne.
    
    Ainsi, avait-il fallu toute cette somme de malheurs, pour qu’enfin, ...
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