1. Genèse d'un salopard


    Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe

    ... Oui… Maintenant, il m’arrivait de pleurer.
    
    Parfois, j’entendais sa voix, dans une saute du vent, ou par-dessus le bruissement des feuilles, dans le chuchotement du ruisseau, mais si souvent je croyais l’apercevoir dans une ombre fugace, c’est le sentiment de sa présence à mes côtés, là, tout près, qui me jetait dans des affres de douleur et d’abattement. Un jour, dans un rang de maïs, j’eus une telle certitude qu’elle était là, juste derrière, que je fis semblant de continuer à travailler pour bondir un instant après de l’autre côté du rang et la surprendre…
    
    Vous vous dîtes que j’étais fou… et vous avez raison !
    
    J’avais l’impression de devenir cinglé, je ne percevais plus la réalité telle qu’elle m’avait toujours été donnée, dans mon quotidien… d’avant. Je me sentais basculer dans un monde qui m’effrayait…
    
    C’est peut-être ce qui, pourtant, me sauva.
    
    De jour en jour, l’absence de Maureen se faisait de plus en plus intolérable. Combien de fois passant le pont de Furrey je pensai que ce serait plus simple comme ça ? Et ce jour où, en affût, juché en haut d’un chêne, je posai mon Sharps à la fourche d’une branche et, fou de chagrin, m’apprêtai à me laisser glisser… Quelque chose au fond de moi qui me surprit me figea, me rattrapa du bout de l’aile, me hurlant que je n’avais pas le droit, qu’elle en voulait encore, qu’elle n’avait pas eu sa part de soleil, de vent, de sang, et de douleur… Maureen ?
    
    Ces moments où je sentais la présence tant aimée à mes côtés, ...
    ... d’intolérables me devinrent un baume qui me pansait, une aide grâce à laquelle je pouvais arriver à supporter l’atroce douleur que me causait son absence…
    
    Un jour de mai où j’étais allé rechercher un veau qui s’était échappé du pré d’ouest, je longeais le ru qui coule au fond du vallon, je m’assis dans l’herbe de la berge, et le regard perdu dans une rêverie d’elle je la vis, à peine plus bas, en aval, dans une vasque bordée de roseaux et d’osiers, nue, de l’eau jusqu’à la taille, rien ne pouvait être plus beau… Émerveillé, je murmurai son nom. Elle se retourna, inclinant sa tête de côté elle me sourit, posa son index sur ses lèvres… En extase, je restai à la contempler longtemps… longtemps…
    
    Maureen m’accompagnait. Elle était partout où j’allais. Je ne marchais plus seul… Maintenant, le vent disait Maureen, les feuilles bruissantes disaient Maureen et le ruisseau chantait Maureen…
    
    Fou, hein ? J’étais fou, n’est-ce pas ? Peut-être… Mais tout… tout plutôt que ce puits sans fond dans lequel ce jour de l’avril maudit m’avait jeté.
    
    *******
    
    À deux mois de là, Knudsen, sûrement inquiet de ne pas avoir vu son copain de beuverie, vint à la maison. J’étais dans la cour quand il arriva, je tournai les talons sans même le saluer.
    
    Le soir, Ma me fit brièvement le compte rendu de sa visite. Pop avait dit à Knudsen qu’il était tombé… J’éclatai d’un rire mauvais :
    
    — Ouais… ! Sur un manche, qu’il est tombé !
    
    Ma fit mine de protester… mais je suis sûr qu’elle souriait ...
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