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Genèse d'un salopard
Datte: 21/12/2024, Catégories: freresoeur, campagne, dispute, portrait, aventure, historiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe
... eut un long silence pendant lequel il me sembla entendre sa voix prononcer des paroles que je ne comprenais pas… puis : — Sean, s’il te plaît, viens m’aider, je t’en prie… je ne peux pas le bouger ! Elle me supplia tant, que je cédai : — OK. Mais c’est pour toi… pas pour lui. Sache-le ! C’est avec la brouette pour le fumier des vaches que je le ramenai jusqu’à leur chambre… je le posai sur le lit. Inerte… il était lourd l’animal ! Il respirait. J’aidai Ma à enlever la veste, les chaussures et le pantalon. C’est là que je constatai l’étendue des dégâts. Alors qu’il geignait à chaque mouvement que nous l’obligions à faire, je constatai que son corps tout entier n’était qu’une ecchymose… je lui avais mis quelque chose ! Ma me regardait… Ma me regardait beaucoup… — Qu’est-ce qu’il y a, Ma… ? Ça va ? — Oui, Sean… ! Oui, mon grand… ça va ! « Mon grand » ! Ma m’appelait « Mon grand » ! Quelque chose tressaillit au fond de ma détresse… Je la laissai, alors qu’elle commençait à laver les caillots de sang sur le visage. Je me retrouvai donc seul, de mon fait, avec Ma, pour faire tourner la ferme, Pop ne pourrait avant longtemps s’occuper de quelque travail, brisé qu’il était dans son lit de souffrance… ce dont je me félicitais. Si Ma s’occupait de lui, avec dévouement, et lui apportait tous les soins nécessaires, je ne le revis pas une seule fois le temps qu’il dut garder la chambre. Deux jours après, le docteur Millburn était passé, avait ...
... diagnostiqué plusieurs fractures, et après avoir posé un bandage sur son torse, à cause des côtes cassées, et immobilisé le bras gauche et la jambe droite dans une attelle, avait recommandé à Pop une immobilité totale pendant six semaines, au moins. Il avait prescrit du laudanum et Ma dut insister beaucoup pour que je me décide à aller le chercher à Afton. Quand il partit, le docteur me considéra en hochant la tête… — On ne se fait pas ça en tombant… ! Si ça devait se reproduire, tâche d’y aller moins fort… Je vendis en ville les jarres de whiskey de sa réserve, alors que ma première idée avait été de les casser dans la rage qui m’habitait envers tout ce qui touchait à lui. J’en tirai un bon prix chez Travers, l’épicier d’Afton, quand j’allai chercher le laudanum… ça compensait. Ma m’embrassa. L’arrivée des beaux jours amenait un surcroît de travail sur la ferme et Ma et moi n’avions pas une minute à nous. Il nous fallait sans cesse courir du matin au soir, d’une tâche à l’autre, et c’est recrus de fatigue que nous nous retrouvions le soir pour un repas rapide de tomates, de fèves, de lard ou d’œufs et de pain, Ma n’ayant pas le temps de cuisiner, avant de sombrer dans un sommeil de brute. Cela avait au moins le mérite de m’empêcher de trop penser ! ******* Depuis que la vie l’avait quittée, je voyais Maureen partout. Cela m’avait été une torture dans les premiers temps et j’en arrivais, parfois, à devoir arrêter mon travail, secoué de sanglots… Cela vous étonne… ? ...