1. Lettre ouverte à un évaluateur féroce


    Datte: 19/12/2024, Catégories: méthode, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... arsenal est-il vraiment proportionnel à la menace ? Si c’est cet échantillon très ciblé qui vous semble mettre en péril critique notre idiome, sa syntaxe et le bon goût, n’allez surtout pas fouiller trop profond dans les 20 000 contributions qui le précèdent. Les correcteurs font ce qu’ils peuvent, mais il arrive un moment où la tâche s’avère surhumaine, et leur accablement, bien que discret, risque bien de surpasser le vôtre. Certains ont plutôt pris le parti d’en rire et de réunir les plus belles fleurs dans des anthologies qui déclenchent plus sûrement l’hilarité que la colère.
    
    Je trouve en revanche parfaitement déplorable que vous ajoutiez pour la troisième fois à cette démonstration magistrale la note de « 1 », cote d’exclusion ou cote d’humiliation à votre jury souverain. Je me contrefous des notes, je les distribue sans grande cohérence, sans doute avec un excès de générosité, et adapte parfois l’échelle à l’humeur du moment, ou à la sévérité variable dont on peut faire preuve, selon qu’on lise un contributeur confirmé ou un débutant. Dans l’échelle des notes, aucune légende n’a été prévue pour qualifier le « 1 ». Puisque le « 2 » correspond à « nul », laissez-moi vous traduire l’étiquette collée sur la note inférieure : un bien violent « ta gueule », et ça, je ne supporte pas qu’on l’inflige gratuitement à quiconque, pas plus à vous qui commentez qu’à ceux que vous lisez, en particulier lorsqu’ils viennent tout juste d’atterrir et découvrent un si charmant ...
    ... comité d’accueil. Je sais, ça doit être mon côté boy-scout, que voulez-vous, on ne se refait pas.
    
    Il ne faudrait pas que la prétention que vous reprochez à ceux qui tentent d’écrire avec leurs moyens change de camp. C’est tout ce qui distingue la saveur que peut avoir une critique un peu cruelle de la cuistrerie qu’il y a à mépriser « le goût des autres ».
    
    Bienvenue dans cet espace d’expression, j’y accueille la vôtre avec intérêt, bien qu’assez peu convaincu que celui-ci puisse provoquer chez vous autre chose que de l’indifférence. Je ne sais toujours pas ce que je fous ici, et j’ignore tout autant ce qui vous y amène. Je sais juste que j’accepte très volontiers l’hypothèse d’y voir ma propre prose critiquée, ou même détestée. Mais j’ai un peu passé l’âge de subir les corrections, ou de ne pas m’émouvoir de les voir pleuvoir à répétition et à coups de règle sur le cancre désigné par le Maître. Celui qui veut toujours avoir le dernier mot, celui qui ne concède jamais rien, ni un sourire, ni un argument, ni un répit, s’enferme alors dans un plaisir punitif si solitaire qu’il en devient coupable. Et ce n’est pas tout à fait l’esprit de cet improbable espace collectif, dont la variété fait le charme, et où l’imperfection est la norme.
    
    Je vous adresse donc mes salutations cordiales : mon intention n’était pas de vous prendre à partie. Mais plutôt d’exprimer cette curiosité : qu’est-ce qui vous amène ici ? Jouir de détester, ou s’autoriser aussi la surprise d’être parfois ...
«12...4567»