-
Lettre ouverte à un évaluateur féroce
Datte: 19/12/2024, Catégories: méthode, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe
Mais qu’est-ce que je fous là ? Vous êtes-vous parfois demandé pourquoi vous fréquentiez ce site, pourquoi il vous arrivait d’y lire ou déposer un texte, d’y laisser une évaluation ? Je n’ai pas de réponse toute faite. Je suis tombé sur RBB par hasard, via une mention sur le blog d’un gars consacré à tout autre chose. J’ai d’abord découvert son environnement graphique assez baroque. J’ai lu un texte au hasard, puis un autre, probablement jugé le premier illisible et l’autre jubilatoire, et j’ai fini par trouver ce grand fourre-tout plutôt sympathique et d’autant plus amusant qu’il consacrait une énergie folle à indexer autour de critères cocasses un corpus formant un grand boxon. Et puis, avec l’inconscience des débutants, je me suis dit chiche, et me suis lancé dans la rédaction d’une série, rien que ça, d’autant plus longue hélas que je n’éprouvais ni nécessité, ni inspiration à le faire. Après le troisième épisode, j’en avais déjà marre de ce feuilleton mélo, tantôt gentil, tantôt grotesque, mais j’ai malgré tout achevé ce que j’avais entrepris, en m’imposant quelques nouvelles contraintes. La seule qui m’importe depuis lors est d’y trouver une forme de plaisir ou de distraction. Il y a donc des éclipses. On pond ici des textes comme d’autres assemblent des tours Eiffel en allumettes, et mis à part l’un ou l’autre contributeur plus susceptible, on assume probablement tous d’être le François Pignon de quelqu’un, dans ce grand banquet de cons. Je ne suis plus certain ...
... d’avoir encore beaucoup de choses à proposer sur RBB : j’y ai soumis – et parfois commis – un peu moins de trente textes, qui n’ajouteront pas grand-chose à la littérature – tel n’était d’ailleurs pas mon projet – mais qui auront occupé ou amusé le brave Pignon que je suis de temps en temps, à la fois amateur de mots et novice en érotisme. À intervalles réguliers, j’éprouve la peur non pas du ridicule, mais du radotage, et je ne compte pas attendre qu’on me le signale pour me placer entre parenthèses. On n’écrit pas pour la postérité, sur ce site : la vie d’un texte est éphémère, une semaine ou deux à peine, le temps pour lui d’accrocher les regards d’une poignée de lecteurs avant de basculer dans les archives de l’oubli qu’il mérite sans doute, en dépit des étiquettes, critères, notes ou évaluations dont on l’aura recouvert. Je me pose donc régulièrement la question de ma présence ici : je n’ai en réalité aucun appétit spécifique pour le genre érotique. Il ne représente qu’un exercice ludique, et je me force un peu à introduire une légère dose de fesses dans mes devoirs d’écolier attardé pour respecter la contrainte, comme je me sentirais probablement tenu de faire apparaître des orcs, des gobelins, des extra-terrestres ou des failles spatio-temporelles si j’allais m’entraîner sur d’autres terrains de fiction qui ne me sont pas plus familiers. Il m’a fallu du temps pour oser évaluer. De quel droit ? Et puis je me suis dit que rien n’était pire que l’indifférence, et me ...