1. Playlist


    Datte: 12/11/2024, Catégories: fh, danser, fête, anniversai, amour, caresses, nopéné, mélo, portrait, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... fait, je sais pas pour vous, mais moi je ne pourrais plus supporter ça. Ni la distance ni les retrouvailles. Soit on ne se revoit plus jamais, soit on ne se quitte plus. Dès maintenant. Alors voilà : vous êtes les bienvenus chez moi dès vendredi prochain.
    
    On a tous approuvé, accepté avec enthousiasme, comme si Marie venait de jeter une bouée aux naufragés de l’amitié perdue en haute mer. Ils se couvraient, se préparant à quitter un peu à regret ce cocon amical. Julien avait une dernière requête.
    
    — Oh, avant de partir, Jules… Une dernière pour la route, s’il te plaît… C’était quoi déjà, cette chanson obscure que tu nous avais fait découvrir ? Ben l’adorait…
    — Là, tu changes de registre ! Bouge pas, je te retrouve ça sur Spotify.Blues run the Game… Jackson C. Frank…
    — Oui, c’est ça ! Le chanteur oublié, le chanteur maudit…
    — Dis pas ça à Jules, tu vas le mettre en colère !
    — Pourquoi ça, Anne ?
    — Tu te souviens pas ? Il y avait deux trucs qui te mettaient en rage à propos des morts. Ceux qu’on embastillait au Panthéon, et ceux qu’on embaumait dans une mystique rock’n’roll à deux balles. Je t’entends encore fulminer, le jour de la mort d’Amy Winehouse : « Le club des 27, mon cul. Ça n’a rien de légendaire de crever étouffé dans son vomi, ou affalé dans les chiottes avec une seringue dans le bras. Ça n’a rien de romantique non plus de fumer des joints et de tagger de naïves conneries d’adolescents sur la tombe de Jim Morrison au Père-Lachaise. Qu’on lui foute la paix, ...
    ... au roi lézard. »
    
    On ne lui avait pas fait de mausolée, à Ben, pas de Panthéon. Fiona m’avait dit avoir récupéré son portrait avec Marie. Elles avaient couché la toile sur les sièges rabattus de la bagnole, avaient roulé jusqu’au Ve arrondissement, la musique poussée à fond, et lui avaient trouvé la place parfaite : si vous poussez aujourd’hui la porte dela Belle École, vous découvrirez, dominant le bar, un formidable ange gardien veillant sur les noceurs.
    
    C’est vrai qu’il en était tombé raide, Ben, de cette chanson au dépouillement folk si éloigné de ses goûts pour l’électro, de sa vie d’excès, de son exubérance de façade. Rétrospectivement, il n’était pas si difficile de comprendre pourquoi.
    
    La voix douce du chanteur obscur s’est élevée en réveillant de drôles de réminiscences.
    
    Quel âge avait-il au moment de cet unique enregistrement, ce jeune homme au front haut, aux yeux clairs ? À peine vingt-deux ans, l’âge de nos cafés, celui de nos errances amicales. D’où tirait-il alors cette douceur déjà désenchantée ? Où qu’il pose ses valises, le blues était toujours le même, chantait ce si précoce grand brûlé de la vie. Dans toutes ces chambres d’hôtel, il faisait chercher du whisky, du whisky ou du gin. « Le room-service et moi, baby, le room-service et moi, on mène une bien mauvaise vie. Et quand je ne bois pas, mon cœur, je t’ai en tête. » Alors, poursuivait la chanson, il lui faudrait essayer d’autres villes. Vivre c’est un jeu de hasard,baby, et l’amour c’est tout ...
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