1. Playlist


    Datte: 12/11/2024, Catégories: fh, danser, fête, anniversai, amour, caresses, nopéné, mélo, portrait, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... allait suivre. Clotilde, Anne et Marie, ces trois jeunes femmes adorables mettraient une bonne volonté gourmande à jouer le jeu, à me frôler, me provoquer tour à tour.
    
    Mais ce sont d’autres images qui dansaient avec moi. Je me revis dans le petit atelier, le matin même.
    
    ⁂
    
    Elle me tend un autre pot de peinture, il est rouge. Pas de pinceau, j’y plonge les doigts, j’approche lentement mes phalanges de son ventre, encouragé par les rythmes syncopés de Prince.
    
    À mon tour, je peins son corps nu, je le badigeonne de rouge baiser, je le sculpte, sa matière est ferme, mais souple, elle réagit par des frissons à mes barbouillages, ils ont l’absolue spontanéité des dessins d’enfants, l’audace des artistes face à leur muse.
    
    Plus de pinceau, nous voilà purement manuels, nous travaillons nos natures vives. Nous imposons nos mains bleues, nos mains rouges, nos principes contrastés. Féminin, masculin, ils s’impriment sur nos peaux comme les peintres de Lascaux évoquaient la création, son ordre, ses désordres, ses mystères.
    
    Les six minutes de pure tension de la chanson se dissipent, elles nous ont fait subir une étrange métamorphose. Elle est la guerrière Peau-Rouge sur le sentier de l’amour, je suis le joueur de blues, red and blue, raides dingues et nus… La chanson de Prince s’efface, la suivante s’élève lentement, sa plus connue, sans doute.
    
    Et tout se mélange, nos langues, nos corps, nos couleurs primaires, tout se frotte, se dilue, la rouge et le bleu se fondent en ...
    ... pourpre, en violet, c’est une pluie d’émotion qui s’abat, une purple rain…
    
    ⁂
    
    J’ai lancé le morceau, ils ont tous balayé des bras en l’air, je crois que j’ai même vu s’allumer des briquets, je me suis éclipsé, prétextant un besoin pressant pour confier à Malick le soin de prendre mon relais aux platines, et je me suis planqué dans le couloir, pris par le vertige, où Fiona a fini par me trouver.
    
    — Ça va, Jules ?
    — Oui, t’inquiète, juste un petit coup de mou.
    — Tu es tout pâle… a-t-elle dit en passant sa paume sur ma tempe, comme si elle voulait vérifier que je n’avais pas la fièvre.
    
    Fiona m’a enlacé, et on a dansé tout doucement dans le couloir, à peine un mouvement de berceuse, tandis que le solo de guitare dePurple Rain n’arrêtait pas de rebondir et mourir, et que le petit génie de Minneapolis entamait ses vocalises descendantes. C’était doux. Tellement intime qu’on ne les a pas aussitôt remarqués, tous hésitants et immobiles, à deux mètres à peine dans la pénombre du couloir. Seules dansaient à présent les lueurs des trente bougies sur le gâteau qu’ils tendaient à Fiona.
    
    ⁂
    
    — Alors, on remet ça, on se donne rendez-vous dans dix ans ? a lancé Anne.
    — Non, de grâce…
    — C’est vrai que t’as jamais trop kiffé Bruel, Kouka.
    — C’est même pas ça le problème. Ça ferait rétrospective de chanteurs morts sur TF1 : « vingt ans déjà, l’hommage à nos chères jeunesses disparues ».
    
    On a tous rigolé un peu jaune, mais Marie nous a tous bien vite mis d’accord.
    
    — En ...
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