1. Playlist


    Datte: 12/11/2024, Catégories: fh, danser, fête, anniversai, amour, caresses, nopéné, mélo, portrait, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... celui que ce corps se donnait peut-être au même instant à un autre, là-bas, quelque part, à l’autre bout de la ville engourdie, et à tous les points cardinaux de mes nuits d’insomnie.
    
    La jalousie ? Non. La sidération.
    
    L’hypothèse de la présence de mes amis, de nos amis, dans notre appartement, mais sans elle, aurait pu être une anomalie dévastatrice, mais je crois qu’elle me forçait à hausser les épaules et à vivre, à souffrir de cette séparation sans accepter qu’elle soit une dépendance, à m’éviter de me comporter en junkie prêt à tout pour sa dose. Finalement, j’étais peut-être juste un type de trente-deux ans qui venait de se faire larguer, c’était d’une banalité confondante, et il fallait toute ma prétention pour défendre le contraire, pour m’acharner à croire que ce que nous avions partagé n’était pas ordinaire, que ce qui nous avait séparés était incompréhensible et révoltant. Je redoutais déjà qu’une âme bien intentionnée ne m’invite à tourner la page, et ne me suggère, puisque j’étais encore comestible, de me trouver une autre fiancée : tournez, manèges ! Mais rien n’était pire que le silence, la pure violence du silence que Fiona m’imposait, enfermé à double tour dans mes quartiers de haute solitude, et j’espérais que les voix chaudes de mes amis égarés entrant tour à tour chez moi m’apportent comme une bouffée d’oxygène.
    
    Et puis le matin même, en revenant du Monoprix, j’avais entendu du mouvement, poussé la porte de la chambre, et elle était là, occupée à ...
    ... peindre, comme si de rien n’était. J’en étais resté tout con, je ne lui avais réclamé aucune explication. J’avais même oublié de lui souhaiter bon anniversaire. Les grands bonheurs sont muets.
    
    ⁂
    
    Un par un, les potes arrivaient, ça causait, ça riait, ça faisait chaud au cœur. On était heureux de se retrouver, un peu intimidés, un peu gênés aussi, pour certains. C’est en tout cas l’impression que j’ai eue. On s’embrassait, on étreignait Fiona, on me balançait des tapes dans le dos en me charriant, comme pour ne pas avoir à poser de questions.
    
    On n’a pas fait traîner l’apéro, j’ai eu l’intuition qu’ils se sentiraient bien plus à l’aise à table. J’ai déposé les fournées de poivrons farcis sur les sous-plats, fait tourner le riz et les saucières, et ça m’a rassuré : ce serait savoureux, mais sans chichis. Ça m’avait déjà fait un bien fou de cuisiner pour tout le monde. Le faire pour soi seul est une discipline sinistre, surtout quand on perd déjà l’appétit. En trois mois, j’avais maigri, je flottais un peu dans mes fringues.
    
    Jérôme, venu avec son nouveau copain, a frappé son verre de son couteau.
    
    — Je déclare ouverte la session. Il n’y a pas d’horaire, pas de mi-temps, pas de règlement, tout est permis…
    — Me tente pas, ça fait si longtemps que j’ai des vues sur Clotilde…
    — Ah, bon Dieu, Sammy, c’est pas possible d’être si lent, si j’avais su à l’époque… a réagi l’intéressée.
    — Si c’est pour démarrer tout de suite sur le cul, autant aller en boîte échangiste et pas ...
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