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Playlist
Datte: 12/11/2024, Catégories: fh, danser, fête, anniversai, amour, caresses, nopéné, mélo, portrait, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe
... solennité et les foutus mouchoirs. Ce soir, ce serait ni fleurs ni couronnes. Mais musique, ça oui. Et comme de ce côté-là, j’avais toujours été leur dealer attitré, celui qui envoyait les décibels et dégottait les perlesindie, ils ont poussé les meubles, baissé les lumières, et je me suis calé derrière les platines pour leur mitonner une playlist à la hauteur. J’ai lancé les enchères, ouvert les votes, et c’est vite parti dans un joyeux et bruyant bordel, ils montaient en puissance, en envie de se lâcher, ça chahutait, ça tournoyait autour de moi comme de gentils requins reniflant la goutte de sang. — Vous voulez quoi ? Des trucs d’alors, des morceaux d’il y a dix ans ? — Surtout pas, Jules, c’est bien trop proche, on va pas se la jouer anciens combattants. — Du rap ? — Te sens pas obligé. Mets juste le quota légal, j’apprécierai. — Des trucs d’aujourd’hui ? — Bah non, on est déjà largués. Vise l’intemporel, le patrimoine universel, l’incontestable. — Le Beau Danube Bleu ? — La Mélodie du bonheur, tant que tu y es… — Bon. Puisque la démocratie ne fonctionne pas, va pour la dictature. Et j’ai tout de suite balancéthe Clash, trop facile. London calling, une vilaine dose d’énergie et de rage crachée à fond d’ampli, et ça les a tous réveillés. Pas d’échauffement et pas de quartiers, ça gesticulait comme des pantins, ça vous avait des airs d’émeute à Brixton, c’était jubilatoire comme une révolte : je n’ai plus vingt ans, mais je suis toujours vivant, je n’ai ...
... pas encore trahi mes rêves et mes idéaux, je peux encore bouger face à mes amis sans honte. J’ai hésité face àDancin’ Barefoot de Patti Smith, redoutant que les pieds nus de Fiona dansant sur le bar de La Belle École ne surgissent de ma mémoire et ne piétinent aussitôt mon esprit. J’ai plutôt enchaîné sur les Pixies,Where is my mind, un titre de circonstance, et j’ai bien fait, à en juger par la clameur. Il était temps d’ajouter une dose de groove :The Roots ont planté leur graine, rythmique hip-hop imparable mariée à une voix aérienne soul : «I don’t ask for much these days… » Et puis voyant que c’était gagné, qu’on venait de resquiller, de trafiquer sans vergogne huit ans au compteur, j’ai déroulé l’anthologie, Bowie, Lou Reed, les Kinks, les Stranglers, le Boss,Back in the USSR,Gimme Shelter,Message in a bottle rien que de l’indémodable, rien que d’involontaires messages subliminaux que Fiona et moi aurions pu nous envoyer, des nouvelles de toutes nos étoiles. La soirée se prolongeait, il était temps d’y injecter un peu de sensualité. J’ai remonté le temps du côté de laMotown et de laStax. Et puis comme les gonzesses semblaient apprécier ce virage glamour, qu’elles en redemandaient en m’entourant comme des groupies, j’ai fini par céder, oser le plus que sensuel, le sexuel, malgré mes réticences. Pour la deuxième fois de la journée, l’intro de «When Doves cry » a surgi dans notre appartement, sous leurs cris hystériques. Je savais pourtant exactement ce qui ...