1. Le remplaçant


    Datte: 19/10/2024, Catégories: nonéro, historique, policier, historiqu, Auteur: Brodsky, Source: Revebebe

    ... Claire, en lui tendant une coupe de champagne.
    — Andropov ?
    — Ioury Andropov, le directeur du KGB en personne…
    — Qu’est-ce qu’il vient faire ici ?! demanda Claire, plus qu’inquiète.
    — Je ne sais pas… Nous allons voir cela.
    
    Ioury Andropov avait en effet été nommé à la tête du KGB six ans auparavant. Un poste à haut risque, qu’il allait pourtant encore occuper durant neuf ans avant de succéder à Brejnev à la tête de l’Union soviétique. Mais pour l’heure, sa priorité était de continuer à réformer le monstre dont il avait hérité.
    
    La corruption régnait partout, en URSS, dans les « pays frères », mais également dans tous les services secrets. Placé à ce poste pour remettre de l’ordre, il s’était jusque là montré efficace et impitoyable. Impitoyable, il l’était également avec les dissidents, les opposants politiques, les rebelles.
    
    On le disait enfin amoureux de musique, de peinture et de littérature. Mais chacune des personnes présentes à la réception savait bien que si Andropov s’était déplacé en personne, c’était qu’une, voire plusieurs têtes, allait bientôt tomber. En toute discrétion, bien entendu… Personne ne verrait rien, ne comprendrait rien, avant un jour ou deux.
    
    Le Maître du KGB serait rentré à Moscou, et l’ordre aurait été rétabli.
    
    Andropov vint effectivement saluer les deux Français et Claire sentit immédiatement un frisson lui parcourir le dos.
    
    — Ah, Monsieur Montaigne et Madame Minier, je suis heureux de pouvoir vous saluer ! On m’a déjà raconté ...
    ... vos exploits ! dit le Russe avec un sourire engageant.
    
    On racontait qu’Andropov pouvait causer aimablement deux heures avec vous et vous offrir du thé, avant de vous faire accompagner au goulag par deux officiers dans sa voiture personnelle. Son sourire n’eut, par conséquent, que le résultat de glacer totalement Claire Minier. Fort heureusement pour elle, Lady Ashford, la femme de l’ambassadeur anglais, la bouscula maladroitement et détourna un temps son attention, en s’excusant dans la pure tradition anglaise.
    
    Claire reprit alors le contrôle d’elle-même et sentit la boule qui oppressait sa poitrine disparaître. Puis, se retournant à nouveau vers Montaigne, elle se rendit compte qu’Ioury Andropov l’avait pris par le bras comme un vieux compagnon, et s’entretenait à l’écart avec lui.
    
    L’angoisse s’empara d’elle à nouveau. Mais il lui fallait reprendre la situation en main, et continuer de converser avec tout un chacun sans quitter Montaigne des yeux. Elle regarda sa montre, il était 22 h 20. Le contact avait eu lieu. Il fallait désormais laisser le temps à Brion d’engranger les informations, puis de rejoindre la voiture, et être de retour pour 23 heures, au plus tard…
    
    *
    
    Andropov finit par lâcher le bras de Montaigne pour aller s’entretenir avec d’autres invités. Immédiatement, Claire s’enquit de la situation :
    
    — Que t’a-t-il raconté ?
    — Hum… Pas grand-chose, à vrai dire. Les cajoleries d’usages offertes à tous diplomates, les avertissements à peine dissimulés ...