1. Le remplaçant


    Datte: 19/10/2024, Catégories: nonéro, historique, policier, historiqu, Auteur: Brodsky, Source: Revebebe

    Tout d’abord, il se dit qu’il allait le semer. Ce n’était pas la première fois qu’il était suivi. Ici, tout le monde filait tout le monde, et la construction du mur n’avait jamais empêché les espions de circuler d’un côté ou de l’autre de Berlin.
    
    Il balada un moment son garde du corps tout en le surveillant dans les reflets des vitrines des magasins. Le type n’était pas discret. Un de ces hommes de main de la Stasi, mal formé et mal informé. Il décida de passer par le sas le plus proche afin de s’en débarrasser. Un sas pour un espion, c’est un endroit où la sortie sera différente de l’entrée. Difficile pour celui qui vous file le train d’entrer dans le même immeuble que vous sans se faire griller définitivement. Alors la plupart du temps, il reste devant la porte et attend que vous ressortiez. Pendant ce temps-là, on ressort dans la rue d’à côté, quelques centaines de mètres plus loin. Et dans le Berlin-Est des années 70, des sas comme ça, il y en avait un peu partout.
    
    Robbie s’introduisit donc dans un vieil immeuble de la Whilhemstrasse et appuya sur le bouton de l’ascenseur, tout en surveillant la porte d’entrée. Rien ne bougea. Le chien de garde était à l’arrêt devant la porte. Il traversa la petite cour et entra alors dans l’immeuble d’en face. Il passa le hall et sortit dans Leipziger Strasse pour s’apercevoir immédiatement que deux autres cerbères en gabardine l’attendaient de ce côté-là également. Ce n’était plus une simple filature, mais une chasse à ...
    ... l’homme.
    
    Il était découvert ou avait été balancé. Mais ce n’était pas l’important pour l’instant ; il devait mettre les documents à l’abri avant qu’ils ne se décident à l’intercepter. Il fallait réfléchir très vite… Il décida de faire demi-tour, de ne plus rejoindre la zone libre, mais de se diriger vers le métro.
    
    Ils étaient deux, désormais, à le suivre sans aucune discrétion. Il avait… combien ? Une vingtaine de mètres d’avance. À l’évidence, ça n’allait pas être suffisant. À l’approche de l’entrée du métro, il ralentit le pas. Trois minutes, peut-être moins, c’est tout ce dont il avait besoin. Après, peu importe ce qui arriverait. Mais pour obtenir ces trois minutes, il fallait éliminer les deux gorilles qui se rapprochaient.
    
    Tout se passa alors très vite. Robbie sortit son P38 de la poche de son imperméable et tira sur ses poursuivants, touchant le premier en pleine poitrine. Surpris, le second n’eut pas le temps de réagir avant le second coup de feu qui n’atteignit que sa cuisse, mais c’était plus que suffisant. Profitant de l’affolement qui suivit, Robbie dévala les escaliers du métro.
    
    *
    
    Le Colonel Arnold Demanche, alias Monsieur de Tréville, regardait le petit homme en surpoids assis devant son bureau, et essayait de comprendre pourquoi il avait été choisi pour cette mission. Bien sûr, il pouvait encore le remplacer par un agent plus aguerri ou plus taillé pour ce genre d’activité, mais les conseils de Robbie s’étaient toujours montrés judicieux ; c’était bien ...
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