1. Blowin’ in the wind


    Datte: 28/09/2024, Catégories: exercice, journal, confession, mélo, portrait, historique, aventure, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... ne peux pas me permettre d’être le plus rapide si je ne veux pas que mon journal de bord, le falsifié, bien sûr, soit trop épluché et que ma tricherie soit finalement révélée. J’arriverai avec au compteur un bon mois de moins que lui… Quel idiot ! Pourquoi ai-je à ce point exagéré mes moyennes ?
    
    Piou m’a quitté la semaine dernière, ce n’est pas la première fois, mais son absence ne m’a jamais paru aussi longue. Peut-être reviendra-t-il ? Il me manque, on rigolait bien tous les deux. Quelques dauphins jouent en ce moment avec mes étraves et semblent m’orienter vers le port. J’ai survécu à la solitude, aux grains, aux orages et aux tempêtes, seul contre tous, j’ai survécu.
    
    Je viens de parler à ma femme. Elle est tellement fière, m’a-t-elle confié en pleurs, et m’attend avec impatience, tout comme soi-disant les médias… Les médias… Tout le monde m’accueillera en héros et avec enthousiasme, je n’en espérais pas tant…No comment !
    
    Piou n’est toujours pas revenu, j’aurais pourtant aimé profiter de sa compagnie, avant de…
    
    J’ai passé une nuit magnifique, blanche et à la belle étoile. Que sommes-nous vraiment ? Une enveloppe charnelle, certes. Un micron de poussière perdu dans toute cette immensité, assurément… mais il ne peut y avoir que ça. Mon âme et mon esprit se sentent désormais prisonniers de ce corps qui, lui-même, est esclave de notre société.
    
    J’ai vécu huit mois à poil avec pour seules contraintes de sauver les apparences et de rentrer dans les cases pour ...
    ... pouvoir exister aux yeux de tous… Quelle connerie ! Il est temps que je me libère, que je brise les chaînes que nous portons tous dès notre venue au monde.Il y a quelque chose de parallèle entre prendre la mer pour de longues semaines et le voyage plus général du berceau à la tombe. La mort n’est-elle pas en fait une rédemption, la délivrance de l’esprit, et donc un recommencement, le début du périple ?
    
    Oui, que sommes-nous hormis des êtres insignifiants égarés au fin fond du cosmos ? Nous nous démenons tous pour survivre et donner du sens à nos existences… un but bien utopique et falsifié. L’empreinte de l’Homme défait plus qu’elle ne crée, détruit plus qu’elle ne construit. Notre présence sur terre n’est nullement nécessaire, l’univers se moque de nous, nous ne sommes en fin de compte ni plus ni moins que des parasites.
    
    Le 2 juillet 1969, le décès du navigateur était annoncé. Le Monde écrivait :
    
    Le trimaran de Donald Crowhurst fut finalement retrouvé par hasard le 10 juillet 1969 par un navire postal britannique, à 600 milles à l’ouest des Açores, plus de sept mois après avoir pris la mer, avec la voile d’artimon15 battant au vent et une mouette perchée au bastingage. L’océan ne rendit jamais le corps du marin, mais le Teignmouth-Electron et les journaux de bord livrèrent tous les détails de l’imposture, les fausses et les vraies coordonnées géographiques, l’escale argentine, et les signaux d’une longue agonie mentale, d’un esprit qui chavire…
    
    L’homme a toujours ...