1. Blowin’ in the wind


    Datte: 28/09/2024, Catégories: exercice, journal, confession, mélo, portrait, historique, aventure, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... silence, hormis le clapotis des vagues à mes étraves, m’apaise. Je crois que je ne me lasserai jamais du spectacle que m’offre l’horizon sur 360°, quant à mon premier lever de soleil, il est juste bluffant, magnifique !Mes moyennes sont correctes, je trace ma route à cinq nœuds4, j’en espérais six, minimum, mais ce n’est pas si mal, après avoir chargé vivres et eau potable pour presque dix mois de navigation, mon bateau est lourd, alors… !
    
    Le baromètre ne cesse de chuter, une dépression arrive. Un surplus de vent me permettra de gagner un peu en vitesse, mais surtout, ce premier coup de mer me rassurera peut-être concernant la fiabilité de mon navire et de son équipement avant de parcourir les 30 000 milles qui m’attendent.
    
    Le soleil se couche sur mon tribord. Même si la côte n’est plus en vue depuis une vingtaine d’heures, l’île d’Ouessant devrait apparaître au sud d’ici peu… Elle sera mon dernier lien avec la terre que je ne reverrai plus de sitôt. Le ciel rouge sang strié par une multitude de cirrus se reflète à la surface scintillante d’un océan presque d’huile, car le vent est tombé… Le calme avant la tempête, disent les marins ! Étrange sensation de plénitude que me procure cette nature paraissant si tranquille alors que d’ici quelques heures, elle se déchaînera sûrement. La nuit risque d’être agitée, à moins que ce ne soit pour demain.
    
    Le pilote automatique fera l’affaire pour me permettre de dormir un peu et prendre des forces avant le gros temps ...
    ... approchant. Je l’attends impatiemment, le stress monte pourtant, je n’ai encore jamais réellement rencontré de tempête à bord de ce bateau…
    
    Malade, je suis malade… je ne pensais pas être à ce point sujet au mal de mer, ça promet ! J’espère qu’il s’agit juste et seulement du temps pour m’amariner, car je ne tiendrai pas six mois ainsi. La tempête se calme légèrement et j’ai repris quelques couleurs, j’en profite donc pour rédiger mon journal de bord. Les dernières heures passées ont été éprouvantes, l’anémomètre m’a annoncé des rafales à 53 nœuds d’ouest et l’océan, démonté, n’a ménagé ni le bateau ni mes nerfs. Quitte à ce que le vent souffle, autant qu’il me pousse… j’aurais préféré l’avoir dans le dos !
    
    Je me trouve désormais au large du Portugal. Ce premier vrai test a été riche d’enseignements et s’est déroulé sans trop d’encombres… Ça, c’est en fait la version optimiste communiquée par radio au staff, car mon système de ballasts ne semble plus fonctionner, et pire, il crée une voie d’eau… Une centaine de litres à écoper par 24 heures, le moral est donc au plus bas.
    
    Madère dans le sud de mon compas à quelques milles. Je n’ai toujours pas réussi à colmater la voie d’eau… Le problème vient des valves censées remplir le réservoir de ma coque tribord afin de faire contrepoids et prévenir tout risque de chavirage. La fibre de la structure a dû se fissurer sur ce point sensible au large des Landes dans le coup de vent. Il me faudrait stratifier, mais je n’ai pas les matériaux ...
«1234...10»