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Blowin’ in the wind
Datte: 28/09/2024, Catégories: exercice, journal, confession, mélo, portrait, historique, aventure, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... aussi, mais mes enfants me manquent et j’ai le cafard, alors… Y en avait marre de relayer sans cesse mes positions, j’ai cessé d’émettre depuis quelques semaines et n’aurai qu’à prétexter une panne de générateur pour justifier mon silence radio. Et voilà le cap Horn ! Brrrr, ça caille, le thermomètre n’affiche pas plus de 6°,it’s raining cats and dogs8 et une bonne brise me transit. Les vagues sont impressionnantes. Faut-il être fou pour s’aventurer par ici ? Mais mon album photo n’en sera que plus crédible. Je comprends que l’on puisse être enivré par le grand large… Tant qu’à être là, je vais en profiter pour garder les quarantièmes rugissants afin de rallier l’île de Tristan da Cunha avant de prendre la route du retour, ce serait dommage de ne pas filmer ces mythiques déferlantes que si peu ont eu l’occasion d’affronter. Mon bateau y résistera-t-il ? Quelle importance, hors de question de rentrer sans avoir au moins vécu ça ! Un tourmentin9,trois ris10 dans la grand-voile, je reste pourtant surtoilé. 7 nœuds, je n’en reviens pas, je ne pensais pas réaliser une telle moyenne… Il ne marche finalement pas si mal, mon bateau ! Tout est gigantesque et si puissant ici. Pas âme qui vive, la nature est la plus forte… Quelle ineptie que de prétendre un jour la dompter ! Le vent était déjà soutenu au cap Horn, mais là, je suis dans un grand huit de tous les diables, la mer est démontée et mon anémomètre enregistre des rafales à plus de 55 nœuds. La déferlante qui me ...
... pousse actuellement mesure bien vingt mètres et casse à mon tableau arrière comme si elle souhaitait m’attraper, me happer. Plus mon trimaran surfe, plus la barre est sensible.Un écart de dix degrés me mettrait irrémédiablement au tapis, au lof11 ouà l’abattée12, l’un comme l’autre me serait de toute façon fatal. Je n’ai pas droit à l’erreur et dois reconnaître que le pilote automatique fait des merveilles… Pourvu qu’il ne me lâche plus ! À chaque surf, l’eau fendue par mes étraves projette un nuage d’embruns salés qui me cingle le visage, mon ciré est détrempé, je suis gelé. Hier, fasciné par la puissance de la tempête, je me suis attaché, debout, au pied du mât, et croyant mes dernières heures arrivées, j’ai attendu, résigné, en hurlant dès qu’une vague me poussait. Le spectacle était magnifique. Le déchaînement des éléments était juste splendide, la nature se rebellait et démontrait que tout être était ici indésirable. Elle me le fait clairement comprendre aujourd’hui encore, peu importe, je veux bien mourir après avoir vécu ça. Il est temps de rentrer… Si l’océan m’épargne dans ces latitudes hostiles, mon double me rattrapera d’ici quelques mois. Plus je remonterai au nord et plus le vent faiblira, je devrais donc dès demain retrouver des conditions bien plus clémentes. Mon bateau tiendra-t-il jusque-là ? Ce n’est pas gagné, mais quoi qu’il advienne, je suis prêt. Le calme est revenu, j’en regrette presque les quarantièmes rugissants devant lesquels on ne peut que ...