1. Blowin’ in the wind


    Datte: 28/09/2024, Catégories: exercice, journal, confession, mélo, portrait, historique, aventure, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... bien trop couvert.
    
    Et voilà, J’ai changé d’hémisphère et longe désormais la côte brésilienne, m'en maintenant à une centaine de milles depuis quelques jours. Le vent est tombé et une douce brise devrait se lever d’ici une heure ou deux. La mer est pour le moment d’huile, le soleil s’est couché depuis plusieurs minutes, mais continue de diffuser une légère lumière… J’adore l’ambiance que l’addition de ces conditions crée, l’horizon se confond alors à la surface, me donnant l’impression d’être dans une bulle.
    
    La météo, clémente durant la traversée, m’a mené à destination… J’ai pourtant dû passer les 48 dernières heures allongé sur le pont, à méditer, en cuisant la journée et en observant le ciel la nuit. C’est fou comme en plein océan, les étoiles semblent plus nombreuses que depuis la terre ! J’ai bien tenté de les compter en imaginant toutes les planètes que ces astres pourraient bien receler, en vain. Le panorama par temps clair et sans aucune pollution visuelle est juste magnifique, quant à la Voie lactée, elle est d’ici aveuglante. Observer la voûte céleste ainsi durant de longues heures me donne le tournis, une sensation de flottement, d’apesanteur. Je me sens alors tout petit, minuscule devant un tel spectacle… Non, en fait, je le suis.
    
    J’ai la peau tannée et ai dû perdre quelques kilos depuis le départ, moi qui n’étais déjà pas bien épais, je dois maintenant être méconnaissable, je suis pourtant en pleine forme !
    
    Je viens d’affaler toutes les voiles et ai ...
    ... débranché mon pilote automatique. Je compte dériver ainsi quelque temps afin de voir où le courant me mènera, vivre au rythme de la nature me fera le plus grand bien. J’ai besoin d’oublier la course, la vitesse de mon bateau et le cap auxquels je navigue, les réglages, ma position. Je veux juste profiter un peu et sans stress des éléments… loin de tout, et seul au monde.
    
    Noël dans l’hémisphère sud. Le cap Horn n’est plus si loin, mais tout est relatif. Plus grand-chose ne fonctionne à mon bord, le pilote automatique a à son tour déclaré forfait, je ne l’utilisais de toute manière plus énormément.
    
    Je pense jeter l’ancre sur la côte sauvage argentine pour réparer mes voies d’eau. Je tenterai d’être discret… Pas vu : pas pris ! J’y attendrai au calme une fenêtre météo clémente pour côtoyer les cinquantièmes hurlants au cap du bout du monde. J’aimerais le photographier afin d’accréditer la véracité de mon voyage.
    
    Au moment où j’écris ces lignes, trois astronautes entament une révolution autour de la Lune à bord d’Apollo 8, paraît-il. Mais dans quel but ? L’issue restera de toute façon inchangée…
    
    Une soirée particulière, je l’ai passée à m’époumoner sur des chants de Noël. J’ai cuit du riz, ai fait griller un bar pêché dans l’après-midi, ai ouvert une conserve de marrons embarquée dans cette optique, et picole mon unique bouteille de champagne… J’aurais dû en charger bien plus, ce n’est pas mauvais comme boisson ! J’ai hésité à la déboucher, la nouvelle année approche ...
«12...456...10»