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La jeune virtuose
Datte: 24/11/2023, Catégories: f, profélève, fdomine, cérébral, conte, contes, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... affichait depuis son accident. Elle avait eu l’impression de faire peau neuve, de prendre un nouveau départ. — Assieds-toi là, lui lança soudainement l’artiste en pointant de son archet le tabouret au milieu de la pièce, face à lui. L’accueil peu amène la déçut. Mais que pouvait-elle attendre de plus ? Qui n’aurait pas envié être à sa place ? Que pouvait-elle bien désirer de plus que d’être entraînée par un grand maître ? Tandis qu’elle s’apprêtait à s’asseoir, ce dernier reprit la parole. — Pose ton violon et prends celui par terre. Elle baissa les yeux pour échapper au regard intense qui l’observait tandis que son visage se mettait à la picoter. Pourquoi se montrait-elle aussi émotive, se maudit-elle intérieurement en se demandant avec un pincement au cœur ce que Boris Krasnov allait penser d’elle ? Son comportement puéril l’agaça. Pour se donner une contenance, elle regarda par terre et se figea de stupeur en voyant les deux objets qui se trouvaient au pied du tabouret : un faux violon découpé dans du contreplaqué peint en noir et sur lequel quatre lignes blanches avaient été dessinées pour représenter les cordes. Un vieil archet était posé dessus. Atterrée, elle dévisagea Boris Krasnov en essayant de comprendre les intentions de ce dernier. Serait-il en train de lui jouer un mauvais tour, de se moquer d’elle ? se demanda-t-elle brusquement à fleur de peau. — C’est une plaisanterie, finit-elle par lancer, en pleine confusion. Boris Krasnov semblait ...
... sérieux, insistant même. Au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, celui-ci prit la parole, en articulant chaque mot avec soin, d’un timbre affirmé qui ne souffrait d’aucune contestation : — Tu vas le prendre et jouer… pour dénouer tes doigts, les faire travailler, retrouver toute ta dextérité sans te préoccuper du son. Un pur exercice physique… Domptée, elle obéit. Elle ramassa l’archet et le faux violon d’un geste mal assuré et lorsqu’elle se redressa, le musicien s’était remis à jouer. Un rythme lent, une mélodie simple. Elle déchiffra mentalement les notes et se mit à les reproduire d’abord maladroitement puis de plus en plus fluidement tandis que ses doigts se déliaient. La douleur était là, tapie dans ses phalanges, sa main, son poignet, mais elle essaya de l’ignorer. — Continue… Accorde-toi à moi ! Elle obligea ses doigts à courir de plus en plus rapidement sur le manche au fur et à mesure que Boris accélérait le tempo. Sa main lui faisait mal. Elle était raide, son corps crispé. De la sueur lui coulait sur le front. Le violoniste continuait impitoyablement. — Redresse-toi… Le dos et la tête bien droits. Ton coude gauche plus près du corps, le droit plus haut. Tes gestes doivent être fluides, aériens. Tu dois te donner entièrement à la musique. Rien d’autre ne doit compter. Elle essaya de se concentrer sur ce qu’elle faisait, d’oublier la douleur qui se diffusait dans sa main et son poignet. Elle devait continuer, persévérer. Pour ne pas ...