1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... Comme d’habitude, Josiane… trois pour mon mois, et cinq de farine…
    — Tu vas nous faire de bons gâteaux… ou des crêpes ?
    — On en utilise mine de rien. Pour faire des sauces aussi…
    — Ta commande est prête, je mets ça sur ta note, comme d’habitude ?
    — Oui ! Bon, ben… je dois y retourner.
    — Attends, Amandine, laisse-moi boire mon jus et je te dépose avec ma camionnette à l’entrée de ton chemin… tu seras mieux dans mon camion que sous la flotte. Et puis je vais vérifier… on ne sait jamais, si quelqu’un est en danger, ce que tu as vu…
    — Oh ! J’en ai vu d’autres des averses et des débuts de tempête… je ne vais pas fondre de faire quelques kilomètres sous la pluie…
    — Je sais, je sais… mais puisque je vais dans ce secteur, profite un peu. Et puis tu vas être chargée comme un baudet avec tes commissions.
    — Bon ! Ça me va… mais je te paie un coup alors ? À vous autres aussi ?
    
    Les occupants de l’épicerie redeviennent silencieux. Personne n’a plus envie de parler et la cafetière fait une nouvelle tournée avant de repartir au chaud, sur le coin du fourneau. On ne sait jamais ! D’autres dingues ou un client pourraient venir se perdre dans le seul lieu vivant du village. Josiane, Armand, Pierre, des piliers de ce coin paumé… sont plutôt des taiseux d’ordinaire ! Alors…
    
    — xxXXxx —
    
    Je refais en sens inverse, mais cette fois à l’abri du vent et de la pluie, le trajet du village à mon sentier. Pierre roule prudemment. Puis lorsque nous longeons la côte, il ralentit, histoire de ...
    ... s’assurer qu’aucun bateau n’est à l’endroit où je suis certaine d’en avoir aperçu un.
    
    — C’était par là-bas ! Mais il a dû continuer sa route.
    — Tu es bien certaine que c’était une embarcation ?
    — Peut-on jamais être sûr de nos yeux ? Mais j’aurais bien juré…
    — Je vais arrêter quelques minutes, ça ne te dérange pas Amandine ? Tu sais ce que c’est… la mer ne pardonne pas !
    — Oui. Allons jeter un coup d’œil depuis la plage… au moins sera-t-on rassuré.
    — Regarde-moi ces foutues vagues… et sur la pointe des Cérelles, tu imagines comme ça doit « balancer ». Si un marin est dans le coin, c’est à coup sûr un étranger qui ne connaît pas l’endroit. Ces rochers ont vu combien de barcasses se drosser et couler contre eux ? Je ne vois rien, et toi ?
    — Non, Pierre ! Rien non plus… et pourtant…
    — Ouais ! On va filer parce que ça trempe beaucoup… Allez je te largue près de chez toi ?
    — Ben… oui et merci pour le bout de route…
    — De rien, ma belle ! Mais il valait mieux vérifier.
    
    Quelques mots échangés avec cette fatalité coutumière aux gens du pays. Puis de nouveau seul le ronronnement de la camionnette troue les hurlements du vent. Les essuie-glaces poussifs ont toutes les peines du monde à chasser les trombes d’eau qui s’abattent sur le pare-brise. Encore deux ou trois minutes, et le poteau qui indique « Kerbrug » apparaît en bordure de route. La voiture s’arrête, je récupère mon cabas, remercie Pierre et file sur la sente alors que lui continue vers le phare, loin au fond du ...
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