1. La sirène de l'Antarctique


    Datte: 19/06/2023, Catégories: bateau, cérébral, revede, caresses, confession, aventure, merveilleu, fantastiq, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... foule à nouveau la terre ferme. Passé les conférences de presse, le calme est revenu et je devrai me satisfaire de cette existence paisible. Quelle ineptie, l’ivresse du grand large me manque et la dépression me gagne.
    
    Une vie formatée confortable me tend les bras, mais les codes à respecter pour garder sa place dans cette civilisation se révèlent pour moi de véritables contraintes. Je n’ai jamais ressenti tant de solitude qu’au beau milieu de cet enfer citadin aseptisé, noyé dans une foule d’anonymes stéréotypées où l’image, le fric et le sexe règnent en dictature.
    
    Je n’éprouve plus ce besoin destructeur de rentrer dans les cases pour exister. L’océan est dans l’absolu l’unique endroit où je me sens bien, sans pression aucune, sans risquer le jugement réprobateur d’une société dans laquelle je n’ai finalement pas désiré me trouver.
    
    Dieu a créé la mer et il l’a peinte en bleu pour qu’on soit bien dessus.
    
    Plus question de Vendée Globe, plus de régates ni de performances, plus de contraintes…a contrario, je ...
    ... me prépare un vieux ketch de quarante pieds, solide, fiable et fin comme un oiseau. Il ne s’agit pas d’un foudre de guerre ni d’une bête de course, non… Je ne souhaite plus faire tomber les records, mon seul désir est désormais de me rendre là où le vent me mènera et de vivre au rythme de Poséidon.
    
    J’aspire juste à me reposer et à méditer durant les périodes d’accalmie, et humblement apprivoiser les tempêtes qui fatalement me rattraperont. Mes derniers vœux ne consistent plus qu’à écouter l’albatros hurleur lorsqu’il se perchera à mon bastingage, et à admirer le ciel étoilé les nuits de pleine lune en rêvant de terres inconnues. L’électronique restera au port, une carte marine, un compas, une règle Cras et un sextant comme tout équipement me suffiront.
    
    Jeantot m’avait envoyé de la poudre aux yeux, j’aurais dû me fier à Moitessier. Oui, je repars… et peut-être aurais-je la chance de recroiser Abby ? Si tel est le cas, pourvu qu’elle me garde auprès d’elle… nous pourrions alors devenir, les amants de l’Antarctique. 
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