1. La sirène de l'Antarctique


    Datte: 19/06/2023, Catégories: bateau, cérébral, revede, caresses, confession, aventure, merveilleu, fantastiq, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    ... devrais me sentir fier et flatté, mais toute cette exubérance m’angoisse. En fait, je trépigne surtout d’impatience de me retrouver seul, vraiment seul… loin de toute cette agitation.
    
    Ayant toujours été un ermite un brin introverti, je n’ai jamais couru après la gloire ou la reconnaissance. L’intérêt se trouve ailleurs : amoureux de la mer et de ce sport, participer à cette régate ultime est pour moi une consécration, tout le tapage médiatique qui en résulte m’importe peu.
    
    Mes équipiers provisoires hissent les voiles… moi, je reste pensif, le regard déjà fixé vers l’horizon. Une heure me sépare du coup d’envoi, ces soixante longues minutes à attendre me paraissent interminables, j’ai tellement hâte d’y être.
    
    C’est parti ! Je m’élance au bon plein, presque au près serré. Loin de la rive, le vacarme assourdissant émanant de la côte devient plus acceptable et seuls quelques pétards en fond sonore se font encore entendre.
    
    Mettant le cap au sud-ouest sur 500 miles pour contourner la pointe de « Estaca de Bares », je filerai par la suite toutes voiles dehors vers les Açores pour, au grand largue, rallier les mers du Sud.
    
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    Presque sept jours se sont écoulés et je commence en fait tout juste à m’acclimater à la solitude pour savourer la chance qui m’a été donnée.
    
    J’écoute mon bateau respirer, l’effet hydrodynamique des foils fendant la mer crée une vibration accompagnée d’un sifflement permanent qui se propage de la proue à la poupe. Dans ses ...
    ... conditions somme toute inconfortables, un certain temps d’adaptation s’avère inévitable pour vraiment réussir à dormir, mais l’on se fait à tout, maintenant cela me bercerait presque.
    
    Le Pot au Noir m’accorde toutefois une petite pause dans la course effrénée que je menais, me permettant de profiter de quelques heures salvatrices de répit.
    
    Avec pour seule compagnie une mouette rieuse venue chercher un peu de repos sur le bastingage de mon voilier, l’étendue d’eau qui m’encercle à perte de vue crée en moi une sensation de vertige. Le ciel se confond à la mer la journée, et la nuit, la voûte étoilée me surplombant paraît plus profonde et lumineuse qu’à l’ordinaire.
    
    Ce spectacle est magnifique, tout semble si grandiose qu’il serait bien difficile de ne pas relativiser mon existence, je me sens tel un microscopique grain de poussière perdu dans l’immensité de l’univers.
    
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    Me voilà déjà en train de franchir l’équateur ! Il m’aura fallu à peine plus d’une semaine pour changer d’hémisphère, tandis que Bernard Moitessier en avait presque mis cinq, soixante ans auparavant. Aucune comparaison ne s’avère pourtant justifiée, le matériel tout comme les objectifs diffèrent tellement.
    
    La quête de ce grand homme demeurait bien plus philosophique que la mienne : après presque sept mois passés en mer, il décidait finalement de ne plus rentrer. Me concernant, mon 60 pieds IMOCA, emporté par des alizés généreux à un rythme soutenu, vole à près de vingt nœuds et je compte ...
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