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La sirène de l'Antarctique
Datte: 19/06/2023, Catégories: bateau, cérébral, revede, caresses, confession, aventure, merveilleu, fantastiq, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... bien boucler ce tour du monde en moins de soixante-dix jours. Une fois l’anticyclone Saint-Helen contourné, j’ai franchi le cap de Bonne-Espérance pour aborder l’océan indien avec une légère appréhension. Les « quarantièmes rugissants » se rapprochent et le cap Leeuwin, dans le viseur de mon compas, ne se situe plus qu’à quelques encablures de navigations. Une passagère impromptue Les mers du Sud n’ont pas usurpé leur réputation. Malgré les deux prises de ris dans la grand-voile ainsi qu’une petite trinquette en guise de seul foc, mon bateau se retrouve malmené par un vent de 50 nœuds établis et surfe de déferlante en déferlante. Une angoisse incontrôlable me gagne, j’ai peur, mais ne me suis paradoxalement jamais senti aussi vivant. Je subis clairement face à la force des éléments, la fureur de cet endroit austral, froid et hostile, s’avère malgré tout à la hauteur de la beauté qui s’en dégage. Je ne compte plus le nombre de départs au lof et me demande systématiquement si le suivant ne sera pas le dernier. La coque craque et se tord sous la pression. Une vague me submerge. Les voiles faseillent un instant, les écoutes claquent, puis mon bateau se relance… cette montagne d’eau qui me pousse ne demeurera pas l’ultime…, mais pour combien de temps ? Cela fait deux jours que je n’ai rien mangé de consistant si ce n’est quelques barres de céréales. Je n’ai rien bu de chaud non plus… Comment pourrais-je me préparer quoi que ce soit dans ce grand huit qui me secoue ...
... dans tous les sens ? Éreinté, je n’ai pas dormi depuis je ne sais quand… Le boucan émit par l’étrave fracassant la mer, les seaux d’eau projetés sur le pont, mais aussi le mât qui travaille à chaque rafale de toute façon m’en empêche. Un autre surf et tout vibre dans le cockpit. Me retournant, ce que je vois me glace le sang… la vague qui m’entraîne avec elle s’avère monstrueuse. M’agrippant comme je peux, je me cramponne et ferme les yeux. Que faire hormis attendre et espérer ? Je ne donne plus cher de ma peau, mais quoi qu’il en soit, si cette vague surpuissante décide de m’épargner, qu’adviendra-t-il à la prochaine ? Cela était bien utopique de ma part de penser que je pourrais me confronter à cette nature sauvage et aujourd’hui tellement déchaînée. Un boucan de tous les diables annonce un énième départ au lof et le bateau se couche. La déferlante s’écrase. Projeté sur la table à cartes, j’entends un bruit sourd, puis… plus rien : le néant ! –––oooOooo––– — Réveille-toi, s’il te plaît ! Cette voix ! Harmonieuse et chantante. Elle me berce, me réconforte et m’apaise. Un air gracieux et enivrant fredonne un refrain entêtant, alors qu’un nuage de tendresse m’enveloppe d’une onde agréable et envoûtante. — Allez, debout maintenant, il est temps ! Mes yeux s’entrouvrent doucement, d’abord un peu perdu, je ne réalise pas de suite ce qu’il m’arrive. La mémoire me revient peu à peu : la tempête, la mer déchaînée, la lame écrasant mon bateau. Je devrais ...