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Spectrophilie
Datte: 11/04/2023, Catégories: fh, couple, bizarre, cérébral, revede, pénétratio, fantastiqu, fantastiq, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... celle-là, et j’aurais bien vérifié si elle portait quelque chose sous sa blouse blanche. J’ai couru après ma dépouille. J’ai pris un brancard à un angle de couloir qui m’a de nouveau envoyé valdinguer. Poisse ! Pouvez pas faire attention ? Ceux-là non plus ne me voient pas et ne m’entendent pas. J’ai eu juste le temps de sauter dans le camion avant qu’ils ne le ferment. Pas sur un siège, ils étaient tous occupés. Mais à plat ventre sur le coffre qui contenait le cercueil. Ils rigolaient sur mon compte en roulant, j’ai essayé de les traiter de tous les noms, ils ne m’entendaient pas non plus. J’ai tapé de toutes mes forces sur le coffre, espérant qu’il fasse tambour, le simple bruit du roulement couvrait largement mes coups de poing. Quand ils sont arrivés, j’ai voulu m’interposer, ils m’ont bousculé sans avoir l’air de s’en rendre compte. J’ai filé un crochet au menton à l’un d’eux, à peine s’est-il passé un doigt comme pour chasser un insecte. Conclusion : ils ne m’entendent pas, ils ne me voient pas, en revanche, ils ne me passent pas au travers et semblent légèrement percevoir mes coups. Ils ont transporté le cercueil jusqu’à une « tombinette », une de ces tombes sans caveau creusées à même le sol dans un coin reculé du cimetière. Pas de chichis, pas de cérémonie, juste l’un d’eux qui a dit : — Bon, on lui fait quand même un petit signe de respect ? — Ben oui, quand même, mourir en baisant, c’est pas donné à tout le monde. Ils ont posé leurs casquettes ...
... d’uniformes, silencieux pendant dix secondes et direction le bistrot. J’ai vu ça de loin parce que, à un moment, il y a eu un petit coup de vent. De vent, que dis-je, à peine un petit souffle de brise, et je me suis retrouvé à cinquante mètres, et encore parce que je me suis rattrapé à une croix. Balayé telle une plume ! Une plume, c’est ça, je dois être très léger. Très léger, mais j’existe quand même puisque je suis emporté par le vent, une existence matérielle, je veux dire. Je vois, je sens, j’entends, je peux toucher, je n’ai encore goûté à rien. Tiens, c’est vrai, je n’ai ni faim, ni soif, et jamais mal, ni chaud, ni froid bien que je sois à poil. Ça, c’est plutôt pas mal… Mais très, très léger. Je n’ai plus qu’à marcher pour rentrer. Mais rentrer où ? Je n’ai pas la clé de chez moi. De toute façon je ne peux pas ouvrir la porte. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ? J’y suis, trouver des renseignements, des infos, est-ce que quelqu’un a déjà vécu ça ? Je m’accroche à tout ce qui passe, y compris les gens qui ne me sentent même pas les toucher, direction le centre-ville et la bibliothèque… Mes pas m’ont conduit à la bibliothèque juste avant sa fermeture, je me suis laissé enfermer dedans. Finalement ce n’était pas une bonne idée. La nuit est vite tombée, j’avais du mal à lire certains titres, je ne pouvais pas prendre et porter les bouquins, sauf les plus petits, mais je peinais. J’en ai fait tomber plein. Et puis pour trouver ce que je cherchais, c’était galère. J’ai ...